D’où venons-nous ?
LE MAÎTRE :Ta première question est d’où venons-nous ? Nous venons et nous procédons de l'Un. Nous sommes une expression, une représentation de l'Un ; une étincelle, un germe, une infime partie de Lui. L'Un s’exprime à travers toutes les créations que tu vois dans le ciel, la terre et les océans ; à travers tout ce que tu vois et tout ce que tu ne vois pas. Sache que ce que tu ne vois pas est plus réel que ce que tu vois car essence de l'Un qui fait vivre toute chose.
CANDIDE :Maître tu dis que tout ce qui existe est une de ses émanations. Qui est-il ? Quel est son but pour nous ?
LE MAÎTRE :Le langage humain n’a pas de mots pour exprimer l'Un. Tout ce que je te dirais est trop pauvre pour t’en donner une idée. Tu dois trouver en toi les mots et les sentiments qui Le feront résonner en toi. Dieu est pure existence, intelligence, béatitude, pensée, joie ; pur amour, bonheur, souffle créateur. L'Un est sans limites et cependant il peut loger dans ton cœur. L'Un est unique ; tout ce qui est, tout ce qui n’est pas. Comme on ne peut définir, ni décrire Dieu, lui l’Indescriptible, l’Inconnaissable, il est CELA :Ce CELA que je suis, que tu es, que toute chose est.
CANDIDE :Maître pardonne-moi, c’est si abstrait, si difficile à comprendre !…
LE MAÎTRE :Tu dois étudier, méditer, pratiquer tout ce qui est juste et bon et alors tu recevras l’illumination ou vérité qui correspondra à l’expression personnelle de l'Un en toi.
CANDIDE :Tu veux dire que ma vérité peut être différente de la tienne ?
LE MAÎTRE :Elle aura une expression différente, mais rejoindra la Vérité de l'Un. S’il en est ainsi, tu apporteras ta feuille à l’arbre de la Vérité, de la Sagesse et de la Connaissance...


Quel est notre but sur cette terre ?
LE MAÎTRE : Tu me demandais quel est notre but sur cette terre et bien, un des premiers buts est de connaître l’expression de la Vérité de l'Un en nous et de l’exprimer. Ensuite d’aider les autres à exprimer la leur. Je recherche mon union avec l'Un et je fais de même pour mon prochain. Je peux t’enseigner mon chemin ; mais je préfère t’aider à découvrir le tien car le mien n’est pas forcément le tien.
CANDIDE :Maître, tu recherches l’expression de l'Un en toi qui est son union avec Lui !… Quel est le chemin ?
LE MAÎTRE :Vois une source tout au sommet d’une montagne. Elle perce, creuse, la terre et la roche inlassablement années après années. Elle devient, ruisseau, puis rivière, puis fleuve ; contourne les flancs des montagnes, traverse les vallées et les plaines. Elle fait cela dans un seul but : rejoindre et se fondre dans l’océan ; devenir lui. Apprends de la source ; de sa persévérance à rejoindre l’océan ; mais surtout de sa compassion car en traversant les plaines et les vallées elle abreuve les animaux, donne vie aux cultures et aux plantes. Elle va vers son but paisible sans compter le temps mais déterminée, calme et sereine. Toi fais de même. Tels sont le secret et le but de la vie. Comprends-tu cela ?
CANDIDE :Maître, je crois que oui ! Si je comprends bien cela veut dire que notre but est de Le rejoindre et nous confondre en Lui, pour être pure joie, béatitude, intelligence, pensée.
LE MAÎTRE :Oui, tu as compris !
CANDIDE :Permets-moi de résumer ton enseignement. Tu m’as appris que la vérité est une et à la fois multiple ; chaque être, chaque chose est une expression d’une vérité. Si nous sommes justes en pensées, en paroles et en actes nous pouvons trouver l’expression de notre vérité et contribuer ainsi à la connaissance de la Vérité. Les feuilles, l’arbre et la forêt sont les symboles de ton enseignement concernant toute vérité dans son domaine respectif. Tu m’as appris que nous provenons tous de Dieu ou de l’Un ou encore du Brahman : Nous en sommes une expression, une ramification ; tout ce que nous voyons et ne voyons pas est une manifestation de Lui. Notre but est de retourner à Lui, d’être confondu en Lui, de redevenir Lui.
Tu as répondu, à ma première question : D’où nous venons ?
Tu as aussi répondu à ma deuxième question : Quel est notre but sur cette terre ? L’image de la source qui rejoint l’océan est l’image de ton enseignement. Je te remercie de tes réponses et je te suis reconnaissant pour ce savoir que tu me transmets. Maître, je vais méditer et suivre tes instructions pour approfondir tes précieux enseignements. Veux-tu répondre à ma troisième question : Que devenons-nous après la mort ?





Où allons-nous après la mort ?
LE MAÎTRE : Tu as bien résumé. Que devenons-nous après la mort ? Je vais te répondre. Voici, nous sommes composés d’une âme pour parler comme les Occidentaux, ou de l’atman pour parler comme les Orientaux et d’un corps. Il existe d’autres noms en fonctions des religions ou des philosophies pour désigner cette partie non visible de l’homme. Mais peu importe car tous désignent la même chose. Le corps est la partie matérielle et visible ; l’âme la partie immatérielle et invisible. Pourtant la partie réelle est l’âme et la partie irréelle le corps. Lorsqu’on meurt, le corps se décompose et retourne à la terre pour redevenir poussière. Par contre, l’âme partie intégrante de l'Un en nous, retourne dans un endroit pour récolter le fruit de ses bons et mauvais actes.
Religions et philosophies appellent ces endroits : paradis, enfers. On leur donne encore d’autres noms et les gourous les décrivent selon leur illumination. Mais pour moi peu importe, je te dis simplement que c’est un endroit où notre étincelle divine passe un certain temps à faire le point et à se prépare à une renaissance dans un nouveau corps. Dans cette nouvelle vie, nous naissons avec l’acquis de nos vies antérieures, composé de nos bonnes et mauvaises actions ; car ce que nous semons tôt ou tard nous le récoltons. Lorsque nous mourrons, l’âme jette son corps comme on jette un vieux vêtement. Quand nous naissons, nous revêtons notre âme de ce nouvel habit et repartons pour une nouvelle vie, chargés de notre karma qui est notre bagage éternel, fruit de nos naissances et renaissances. La vie est semblable à une grande roue qui tourne sur elle-même. Elle n’a ni début, ni fin. Nous naissons, vivons, souffrons, mourons pour renaître et recommencer. Cette roue tourne sans cesse. Elle comptabilise le bien et le mal et tient à jour le solde. Ce tourbillon perpétuel entraîne tous les hommes dans son inexorable rotation, qu’on appelle Samsara. Il y a la roue du karma universel, du karma des nations, du karma personnel et d’autres certainement. Pour retourner à l'Un nous devons briser la roue du karma, nous délivrer du fardeau de l’existence qui n’est que souffrance. Par compassion nous devons aider quiconque à briser sa roue. En faisant ainsi nous aidons à briser la roue du karma universel et améliorons la vie sur terre. Lorsque nous mourrons nous ne renaîtrons plus et serons absorbés dans le Grand Tout. Nous serons à la fois avec Lui et Lui, comme la source qui enfin retrouve l'océan. Voilà d’où nous venons, quel est notre but sur terre et où nous allons lorsque nous mourrons. Voilà la doctrine de la réincarnation ;roue de la vie qui tourne inlassablement obéissant aux lois du Karma ou loi de cause à effet.
CANDIDE :Maître, tu as répondu à mes questions. Je vais méditer. Dis-moi, d’où te vient ta grande sagesse ?
LE MAÎTRE :Je pratique les principes de ces maîtres hindous qui se retirèrent dans les forêts à la recherche de la sagesse et de la vérité. Leurs enseignements que j’ai reçus de l’un d’eux correspondent à l’illumination que je recherchais. À partir de cette sagesse que j’ai affinée par mon expérience, j’aide celui qui veut accéder à son éveil. La tolérance et le respect de chaque croyance doivent être de règle. Toute religion, toute philosophie rapproche celui qui est droit et sincère à la source unique. Nous sommes tous différents, nous devons admettre qu’il pourrait y avoir autant de religions que d’individus. Vous dites bien que tous les chemins mènent à Rome ? De même toute recherche sincère conduit à la connaissance de Dieu. C’est pourquoi, je dois rechercher ce qui me rapprochera au mieux de l'Un. Ce qui fera que cette existence sera la dernière parce qu’à ma mort, je ne renaîtrais plus et aurai atteint la libération.
Maintenant, c’est assez pour aujourd’hui ! Va et médite l’enseignement du premier jour et prépare-toi à celui du second.
La réincarnation une réponse logique à toutes les questions
CANDIDE : Maître, j’ai médité et accompli les exercices que tu m’as prescrit pour renforcer mon esprit. Grâce à ton enseignement sur la réincarnation, je me suis réconcilié avec Dieu. Avant je Le niais car :
_ Je ne pouvais concevoir l’existence d’un Dieu à cause des souffrances, injustices, malheurs, guerres, crimes qui sont le lot quotidien de l’humanité.
_ Dieu étant bonté, amour, justice, pouvoir ; s’il existait ne permettrait pas de telles atrocités se produire sur la terre.
Ainsi je me déclarais athée. Grâce à la réincarnation, j’ai appris et compris que l’homme est responsable individuellement, collectivement de son bonheur ou de son malheur. Dieu est amour, mais également justice. Combien je comprends pleinement maintenant cette réponse de mère Thérésa à un journaliste qui lui demandait :
_ Mère Thérésa, qu’est-ce qui ne va pas dans le monde ?
Elle répondit :
_ Ce qui ne va pas dans le monde ? C’est moi, c’est vous.
En d’autres termes, si le monde va mal aujourd’hui c’est un peu à cause de moi. Si je veux que le monde aille mieux, il faut que j’aille mieux, moi-même et cela chaque jour. Il en est de même pour chaque famille, village, ville et nation. Chacun, à son niveau, est responsable de l’état actuel du monde qui est à la mesure de nos actes collectifs vie après vies, générations après générations. Ainsi la loi du Karma agit au niveau de l’individu, des nations et de la terre. C’est merveilleux, à partir de la réincarnation, nous pouvons tout expliquer et comprendre ! Pourquoi tel homme à trois ans jouait de grandes œuvres au piano ? Parce que dans sa vie précédente il développa ce talent et dans sa vie actuelle il lui est donné de l’exprimer au plus haut degré de perfection. Pourquoi tel autre est homosexuel ? Parce que dans sa vie précédente il était femme et conserve anormalement dans sa vie actuelle la nostalgie de son précédent état. Ainsi chaque malheur, souffrance, douleur, bonheur peut être expliqué car tout ce qui nous arrive est une rétribution de nos vies passées : Naître dans tel pays, être riche ou pauvre, beau ou laid, en santé ou malade, heureux ou malheureux. Tout s’explique par une relation de cause à effet ou loi du Karma qui trouve son accomplissement dans la réincarnation. Comme tu me l’enseignais lors du premier jour, nous récoltons dans cette vie, ce que nous avons semé dans nos vies précédentes. Nous devons semer le meilleur de nous-même par l’étude, la méditation, le yoga et surtout par la compassion ; rechercher l’illumination de Dieu en nous. Alors nous aurons à notre mort une meilleure renaissance, en espérant que ce soit la dernière, celle qui nous permettra de réintégrer en l’Un. J’ai étudié aussi combien la doctrine de la réincarnation est une doctrine universelle et ancienne. Elle était répandue non seulement dans les pays d’orient mais aussi dans les pays d’occident notamment dans la Grèce. Elle fut la croyance des pythagoriciens, des néoplatoniciens et même des Gaulois.
LE MAÏTREC’est bien, puisque te voilà réconcilié avec Dieu grâce à la réincarnation. Mais je dois freiner ton enthousiasme. S’il est vrai que cette doctrine peut donner une explication logique à toutes les situations de la vie, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle en détienne la vraie. Seulement si Dieu s’exprime en nous, nous exprimerons la bonne réponse ; sinon toute explication n’est qu’une possibilité.
CANDIDE :Mais quand sait-on que Dieu s’exprime en nous ?
LE MAÎTRE :Dans l’immédiat ? Difficile à dire ! Dans le temps ? Quand les faits et l’expérimentation le prouveront !
CANDIDE :Maître, explique-moi qu’entends-tu par là ?
LE MAÎTRE :Pour exprimer pleinement Dieu en nous, nous devons atteindre un total degré de pureté personnelle pour communier avec Lui. L'Un en nous reste emprisonné dans notre corps, contaminé par nos actes, paroles, pensées impures. Pour cette raison, il ne peut se manifester librement. Ensuite, notre moi, plongé dans ce monde d’illusions, s’illusionne lui-même et ne nous fait connaître qu’une partie de la vérité. Ainsi chaque homme de bonne volonté ajoute à travers les siècles de nouvelles lumières en vue de l’amélioration de la destinée humaine. C’est pour cela qu’il est difficile de dire dans l’immédiat si les paroles que nous prononçons viennent de Dieu en nous ou si elle viennent de notre intellect contaminé par l’erreur. Seul le temps et l’expérience le confirmeront. Si tel est le cas, alors une feuille s’épanouira et portera du fruit dans les branches de l’arbre de la vérité. Sinon, cette feuille tombera et pourrira au pied de l’arbre.
CANDIDE :Cela veut dire, que beaucoup de conceptions de la vérité, ayant détenu une certaine notoriété ont disparu.
LE MAÎTRE :Oui exactement ! Rappelle-toi, chaque fois que l’homme tente d’exprimer l’Un en lui, il apporte sa feuille à l’arbre de la connaissance. Si elle est pure illusion, la feuille tombe de l’arbre et pourrit à ses pieds. Il en est ainsi de beaucoup de croyances, philosophies, religions qui naissent et disparaissent.
CANDIDE :Ce qui veut dire que la vérité nous la connaissons progressivement, chaque jour un peu plus ?
LE MAÎTRE :Oui, c’est cela ! De plus la vérité comme toute chose est impermanente ; elle évolue avec le temps, les circonstances, les besoins des peuples…
CANDIDE :Maître, je me faisais une autre idée de la vérité, pour moi elle était immuable comme les lois physiques qui nous démontrent le contraire. La loi de la gravitation, ne s’adapte pas en fonction des époques, des races, des pays et des besoins individuels. Pourquoi en serait-il différent des lois spirituelles qui par principe sont supérieures aux lois physiques ? Les sages d’Orient préconisent autant de religions que d’individus, pourtant celui qu’ils considèrent souvent comme un des plus grands maîtres, Celui qui, de plus est un Dieu Sauveur nous dit : [1]Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par-là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui les trouvent… Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.
LE MAÎTRE :Tout dans ce monde change, car tout est illusion. Seul l’Un est réalité. Jésus s’est exprimé précisément à une époque et pour un peuple.
CANDIDE :Bien, Maître, je vais réfléchir.
Qui est l'Un ou DIEU ?
LE MAITREMaintenant, Candide, apprenons à mieux connaître l'Un. La connaissance de Dieu dans ce monde d’illusions est importante. Pourtant le Brahman est inconnaissable car indéfinissable. Sa compréhension ne pourra être authentique que lorsque nous aurons retrouvé l’unité absolue hors du cycle des renaissances. Alors nous serons Lui, non à travers la multiplicité et l’illusion, mais à travers l’unité absolue qui est pure réalité.
On raconte l’histoire de ces deux frères qui séjournèrent auprès d’un sage. À leur retour, le père les interroge. À l’aîné, il dit :
_ Qui est le Brahmam ?
L’aîné fièrement, montre tout son savoir en citant de nombreux textes des Védas, ainsi que les paroles du maître. Le père dit au second :
_ Et toi mon fils que peux-tu me dire du Brahmam ?
Le second resta silencieux. Le père dit au premier :
_ Tu as bien parlé mon fils.
Mais le père dit au second :
_Mon fils, tu as tout compris, car du Brahmam, on ne peut rien dire.
Pourtant, Dieu nous donne les moyens de le connaître, car il est tout ce qui nous entoure, il est toi, il est moi, il est chaque chose apparemment inanimée, chaque être vivant, plantes, animaux, humains. Il est tout cela. À travers la multiplicité des choses et des êtres, nous le recherchons. Cependant, nous ne pouvons pas le trouver à travers leur apparence illusoire, mais seulement à travers la conscience de leur réalité profonde. Voilà ce que veut exprimer cette légende hindoue.
Le microcosme est à l’image du macrocosme, comme l’âme individuelle à celle de l’âme universelle.Le livre sacré de la Bible, dit bien que nous sommes faits à l’image de Dieu. Aussi nous pouvons connaître Brahman, si nous nous connaissons nous-même. Celui qui connaît parfaitement les quelques grains de sable qu’il tient dans sa main, connaît avec la même perfection tout le sable de la mer sans le posséder dans sa totalité. Aussi nous devons chaque jour apprendre à nous connaître, en pratiquant la méditation, le yoga, la compassion. Ces pratiques nous permettent de rentrer en nous-même et de nous voir tel qui nous sommes réellement en ayant vaincu l’illusion de la multiplicité et en entrevoyant la réalité de l’unité absolue.
Ainsi je le répète, Candide, si tu connais ton âme parfaitement, tu connaîtras l’âme universelle.Un upanishad, commentaire sacré des Védas, dit :Je me prosterne, devant toi, je me prosterne devant moi, je me prosterne devant toi et moi. Car en vérité je suis toi et tu es moi.
CANDIDE :Maître, prier, c’est communiquer avec Dieu. Pour communiquer il faut être deux personnalités distinctes. D’après cet upanishad, lorsque je prie, je me prie moi-même, car si je suis moi, je suis l’Un tout comme l’Un est moi… N’est-ce pas prétentieux de parler ainsi ?
LE MAÎTRE :Non ! C’est une façon de reconnaître et d’exprimer son identité par rapport à Dieu. Souviens-toi le microcosme que nous sommes est à l’image du macrocosme qui est Dieu. Jésus nous dit : Soyez parfaits comme votre Père Céleste ou l'Un est parfait. Dans cette vie, tel doit être notre but, le Christ, le grand Maître, nous l’exprime en peu de mots : nous devons réaliser en nous la perfection qui est en Dieu ou tout au moins nous en rapprocher.
Maintenant voyons comment le Brahman procède. Dieu agit par cycle de création et de dissolution, allant de l’un vers le multiple et du multiple à l’un.On dit aussi cycle de projection et de dissolution. Ces cycles sont appelés kalpas et peuvent atteindre des chiffres considérables. On parle de 4 320 millions d’années. Ces kalpas sont, eux-mêmes divisés en périodes.
Au début de chaque cycle deux éléments sont en présence : Âkasha et Prâna. Âkasha représente la matière subtile qui servira à produire la substance du règne minéral, végétal, animal et humain. Prâna est la force, l’énergie qui vivifient toutes choses animées ou inanimées. L’Akasha crée le nom et la forme par la substance ; Le Prâna, par le souffle, produit l’énergie et la vie. Au Début de chaque cycle, Prâna et Âkasha sont immobiles. Puis Prâna souffle sur Âkasha pour donner naissance à la multiplicité !
CANDIDE :Maître, alors l'Un n’est pas un, il est deux puisqu’il est composé d’une part de tout ce qui est substance et d’autre part de tout ce qui est énergie, ou comme le définit l’hindouisme de l’Âkasha et du Prâna ?
LE MAÎTRE :Quand le cycle de création va se mettre en marche, l'Un devient deux. Quand la création est accomplie alors l'Un passe de l’un au multiple. Quand le cycle de dissolution apparaît, l'Un redevient deux : Prâna et Âkasha. Puis en période de repos le Prâna intégrant l’Âkasha, ils redeviennent Un.
CANDIDE :Maître, ce « paradis » si désirable, représente donc cette totale fusion avec Dieu ?
LE MAÎTRE :Oui, Candide, c’est le retour à notre véritable foyer.
CANDIDE :Retourner et être confondu en un tout indescriptible, perdre toute individualité, tout souvenir des personnes que nous avons aimés sur terre : femme, enfants, parents, amis, tout cela m’apparaît soudainement bien triste !Vu ainsi, la vie sur terre me paraît plus intéressante !
LE MAÎTRE :Tu ne connais pas la joie d’être dans l'Un. Ce n’est pas l’amour de notre femme, de nos enfants, de nos parents, de nos amis, de notre prochain que nous aurons en nous, mais un amour tellement plus complet dont nous n’avons aucune idée sur cette terre. L’amour que nous pouvons ressentir ici-bas n’est qu’une pâle copie de ce que nous éprouverons alors. Il n’y aura pas l’amour seulement, mais aussi la paix, la sérénité, le bonheur total, la connaissance parfaite, la sagesse infinie.
CANDIDE :Maître, je ne sais encore comment t’exprimer mon trouble, mais dis-moi, as-tu connu ce genre de paix, cette sérénité, ce bonheur ? As-tu connu la joie sur terre d’être dans l'Un ?
LE MAÎTRE :Sincèrement, non ! Tout au moins, pas dans sa plénitude. Peut-être certains sages l’ont connu réellement sur terre. Personnellement, je pense que l’on peut en avoir une idée lorsqu’on :
_ à rendu heureux quelqu’un.
_ est paisible suite à une profonde méditation.
_ressent l'amour pour tout être.
En fait, chaque fois que nous vainquons notre enveloppe charnelle et libérons le meilleur de nous ; ce sont-là de véritables moments de pleinitude dans l’Un ou Dieu.
La Libération, c'est quoi ?
CANDIDE : Maître explique-moi, dis-moi ce qu’est la libération et qu’advient-il après ?
LE MAÎTRE :Différentes écoles donnent différents points de vue sur ces questions. Cependant tout comme Dieu, la Libération est indéfinissable ; car c’est être Lui et participer à tous ses instants comme la moindre de tes cellules contribue à chaque instant à la vie de ton corps. Le langage est trop pauvre pour exprimer ce genre de connaissance.C’est l’histoire de la tortue et du poisson. La tortue dit au poisson :
_ Bonjour, mon ami le poisson.
Le poisson lui répond :
_ Bonjour, mon amie la tortue. D’où viens-tu ?
_ Je viens de faire une promenade sur la terre !
_ Tu veux dire que tu viens de nager sur la terre ?
_ Non, sur la terre, on ne nage pas !
_ Allons c’est impossible, sur la terre, il y a forcément de l’eau, des vagues et on ne peut qu’y nager !
Et la tortue ne put trouver les mots pour expliquer à son ami le poisson que sur terre, on ne nage pas mais que l’on marche.
CANDIDE :Oui, je comprends... Mais si chaque religion ou philosophie ou écoles initiatiques parle de manières différentes de Dieu et de notre état lorsque nous serons près de Lui ou en Lui, n’est-ce pas l’aveu de leur ignorance ?
LE MAÎTRE :Chaque maître essaie de se rapprocher de Dieu à sa manière. Et lorsqu’il reçoit ses lumières, il chante ses louanges, selon l’illumination reçue par Lui. De grands compositeurs ont chanté l'amour. Chacune de leurs œuvres sont différentes et pourtant toutes sont un hymne en son honneur.
Comme disent les hindous, à la fin de chaque cycle, même Brahmâ, Vishnu et Shiva disparaissent. Prâna et Âkasha faisant Un, et reformant l'Un. En ce jour, nous connaîtrons.
CANDIDE :Maître, parle-moi encore de Dieu, afin de mieux le connaître, j’ai l’esprit confus.
LE MAÎTRE :Bien. Alors écoute. La naissance, la vie, la mort nous démontre que tout est création, conservation et destruction. De cette Loi, les hindous ont déduit que Dieu est Créateur, Protecteur (ou Conservateur) et Destructeur. Le mot « Destructeur », appliqué à l’Un ou Brahmam ou Dieu, ne doit pas te choquer ! Pour être plus précis Dieu est Créateur quand il passe de l’unité à la multiplicité ; conservateur quand il maintient la multiplicité et destructeur quand il passe de la multiplicité à l’unité. C’est pourquoi à chaque nouveau cycle le Brahman donne naissance à trois Dieux : Brahmâ le Créateur, Vishnu le Protecteur ou Conservateur ou Sauveur et Shiva le Destructeur ou plutôt celui qui détruit la multiplicité par le retour à l’unité. C’est pourquoi le Brahman est représenté par le symbole de la Trimûrti : trois têtes représentant Brahmâ, Vishnu et Shiva dans un seul corps.
Brahmâ crée la multiplicité, c’est lui qui nous chasse du Paradis ou de l’Unité pour nous précipiter dans la dualité.
Vishnou protége, inspire l’homme au cours de sa vie et lui fait entrevoir les vérités ; il descend sur la terre pour répandre la loi et la parole chaque fois que cela se révèle nécessaire.
Shiva à chaque fin de cycle intervient pour détruire la multiplicité et recréer l’unité en Brahman ; en conséquence il est destructeur et re-créateur et si Brâhma nous chassa du paradis, Shiva nous y ramène !
Parce que tout provient du Brahmam, les Orientaux ont une compréhension bien différente par rapport aux Occidentaux du bien et du mal. En effet, pour ces derniers, le bien vient de Dieu et le mal du Diable. Pour les Hindous, le bien et le mal sont des éléments, des forces complémentaires nécessaires pour donner, à la multiplicité, naissance et continuité.
CANDIDE :Maître, il m’est difficile de croire que le mal puisse venir de Dieu. De Lui, ne peut venir que ce qui est bon et juste. La lumière et les ténèbres ne peuvent coexister ensemble. Une source ne peut donner de l’eau pure et douce et en même temps amère et corrompue. Si le bien comme le mal remonte à Lui, le mal du monde vient de Lui.Dans ce cas, dans qu’elle mesure les hommes seraient-ils coupables du mal quel qu’il soit ?
LE MAÏTRE :Nous aurons l’occasion d’en reparler.


Questions sur l'UN ou DIEU
CANDIDE : Maître, j’ai médité ton enseignement du deuxième jour sur la personnalité de Dieu et l’état de libération. J’ai rapproché dans cette réflexion l’enseignement du premier et du second jour. Je dois t’avouer ma grande confusion.
LE MAÎTRE : Parle, je t’écoute.
CANDIDE :D’après l’enseignement du second jour, Dieu, avant d’inaugurer un cycle était au repos en lui-même. Il était Un, énergie et matière confondues, le Prâna étant intégré à l’Âkasha. Puis Dieu est passé de l’un au multiple créant toute forme de vie : minérale, végétale, animale et humaine. Tu me dis que cette vie est une vallée de larmes, une illusion permanente et qu’à travers la multiplicité de l’apparence nous devons retrouver l’unité originelle. Voici ma question : Cette tragédie, cette vallée de larmes qu’est la vie pour l’hindouisme par qui a-t-elle été voulue sinon par Dieu lui-même ?
LE MAITRE :Comment cela ?
CANDIDE :Cette chute de l'Un au multiple ne peut être imputable qu’à Dieu lui-même puisque Dieu seul existe. Si Dieu se trouvait bien en lui-même pourquoi tout ce gâchis, pourquoi se multiplier à l’infini, prendre toutes les formes minérales, végétales, animales et humaine ; ensuite souffrir à travers toutes ces âmes qui sont un schisme, de l’Ame universelle ?Maître veux-tu me répondre !
LE MAÎTRE :C’est une question bien difficile que tu me poses et il n’y a pas de réponse catégorique. [1] « Pour un occidental, l’une des premières questions qui se posent est évidemment la suivante : pour quelles raisons, Dieu, dans sa perfection et sa pureté originelle et nouménale, peut-il avoir voulu descendre dans la relativité phénoménale, ou accepté d’y descendre ? Se plaçant sur un terrain purement logique, les hindous répondent : la question « pourquoi ? » ne peut se soulever que dans le domaine où règne la causalité, c’est-à-dire dans l’état de conscience de la multiplicité nécessaire à cette causalité. Hors des dualités, elle ne peut se poser. C’est donc un non-sens, une lourde faute de logique, que de demander : « Pourquoi les dualités ont-elles pris naissance ? » Et il faut reconnaître que l’argument ne manque pas de force, même s’il ne satisfait pas nos aspirations profondes, que nous habillons d’un souci de logique fort mal ajusté. »
CANDIDE :Maître, pardonne-moi, mais cette réponse ne peut me satisfaire car ma question reste sans réponse. Karl Max à propos de la création de l’homme et de la nature, répondit de la même manière disant qu’une telle question provenait d’une abstraction. Il développa son argumentation de la manière suivante.
« ... Demande-toi comment tu viens à cette question. Demande-toi si ta question ne provient pas d’un point de vue, auquel je ne puis apporter de réponse, parce que c’est un faux point de vue, un point de vue absurde. En effet, lorsque tu poses la question de la création de la nature et de l’homme, tu fais abstraction alors de l’homme et de la nature. Tu les poses comme non-existants, et tu veux que je t’en établisse l’existence. Je te dis seulement : laisse là ton abstraction, et alors ta question tombera d’elle-même. Mais si tu veux absolument t’en tenir à ton abstraction, alors sois conséquent avec toi-même ; puisque tu prétends penser l’homme et la nature comme non existant, alors pense-toi toi-même, comme non-existant, car toi aussi tu es Nature et Homme. Si tu ne parviens pas à te penser non-existant, eh bien ! Ne m’interroge pas non plus au sujet de la création ».
Ces deux réponses sont semblables, l’une provenant d’un matérialiste, l’autre de toi qui est un Maître de la religion hindoue. Pour toi aussi, tout comme pour Karl Max, cette question devient une abstraction. C’est ma question et j’aimerais tellement avoir une réponse, car je ne comprends pas le déclenchement d’un tel processus de la part de Dieu.
LE MAÎTRE :Je comprends, ton problème. Mais mon esprit est clair à ce sujet. Par conséquent, ce problème devient ton problème et c’est à toi à trouver une réponse. Je vais toutefois t’aider.Dans certains upanishad, il est dit que Dieu en lui-même s’ennuyait et ne prenant pas plaisir créa la multiplicité.
Il y a d’autres explications... « [2]L’univers n’est pas seulement une formule mathématique destinée à élaborer la relation de certaines abstractions mentales appelées nombres et principes pour aboutir finalement à un zéro ou à une entité vide ; il n’est pas non plus simplement une opération physique incarnant une équation de forces C’est la joie d’un Dieu amoureux de lui-même, le jeu d’un enfant, l’inépuisable multiplication de soi d’un poète enivré par l’extase de son propre pouvoir de création sans fin.
... C’est choses sont des images, mais tout est image. Si l’idée embrassant la force, engendra les mondes, la joie d’être engendra l’idée. C’est parce que l’infini conçut en lui-même une joie innombrable que les mondes et les univers prirent naissance. La conscience d’être et la joie d’être sont les premiers parents. Elles sont aussi les ultimes transcendances. L’inconscience est seulement un intervalle d’évanouissement de la conscience ou son obscur sommeil ; la douleur et l’extinction de soi ne sont que la joie d’être se fuyant elle-même afin de se retrouver ailleurs et autrement. La joie d’être n’est pas limitée dans le temps ; elle est sans fin ni commencement. Dieu sort d’une forme seulement pour entrer dans une autre. Après tout, qu’est ce Dieu ? Un enfant éternel jouant à un jeu éternel dans un éternel jardin ».
CANDIDE :Ce que tu viens de dire est très poétique, mais me plonge davantage dans la confusion. Si Dieu s’ennuyait en lui-même au commencement, cela veut dire que cet état appelé libération devient ennuyeux à la longue.Alors pourquoi le rechercher dans cette vie, puisque Dieu le quitta par ennui. Un Dieu qui s’ennuie n’est pas un Dieu car l’ennui ne peut être éprouvé que par l’homme. Si Dieu a fui l’unité par ennui pour aller à la multiplicité, ce serait par intérêt personnel et donc il serait égoïste. L’égoïsme ne peut provenir de Dieu ! L'Un pour échapper à l’ennui aurait plongé l’homme dans la conscience des dualités, dans cette vallée de larmes où il doit rechercher par la souffrance de nouveau la voie de l’unité ? Quand on considère l’histoire du monde avec son long cortège de guerres, injustices, iniquités, malheurs, chagrins, détresses, cela paraît absurde, inutile et criminel ! Il ne peut en être ainsi, l’ennui ne peut pas être la raison ayant poussé Dieu à créer les êtres et les mondes.
Quand tu ajoutes que : « Dieu sort d’une forme seulement pour entrer dans une autre. Après tout, qu’est ce Dieu ? Un enfant éternel jouant à un jeu éternel dans un éternel jardin » ; Je ne peux pas Le reconnaître dans cette description. Ce Dieu serait irresponsable. Il ne peut pas être un enfant jouant à un jeu éternel, dans un jardin éternel. On imagine trop un enfant, s’amusant dans sa chambre avec ses soldats de plomb, faisant mourir les uns ; donnant la victoire à d’autres, et à la fin de son amusement d’un revers de main, s’en débarrasser de tous.
Et surtout quand tu as dis : « C’est la joie d’un Dieu amoureux de lui-même, le jeu d’un enfant, l’inépuisable multiplication de soi d’un poète enivré par l’extase de son propre pouvoir de création sans fin... » dans cette description, je vois un apprenti sorcier narcissique, qui crée sans aucune vision des conséquences de ses actes, ne cherchant que son propre plaisir.
Je crois que Dieu est un Être plein d’amour, miséricorde, justice, vérité. Qu’il est un Père veillant sur nous et ayant un merveilleux projet pour nous qui sommes ses fils et ses filles.
LE MAÎTRE :Candide, je comprends ton désarroi. Dans ce monde d’illusions, il y a des questions, qui restent sans réponse. Nous devons l’admettre. Ce sont certainement des réponses qui ne peuvent être connues que dans la réalité de l’unité. Ce sont des lieux, des territoires où il ne faut pas s’aventurer. C’est ce que recommandait le Bouddha, lorsqu’il le recommandait :
« .... N’essayez pas de mesurer l’Incommensurable avec des paroles, pas plus que de plonger la corde de la pensée dans l’Impénétrable. »
CANDIDE :Pourtant, ce sont des questions essentielles ! …Il me vient une pensée. Nous sommes tous une parcelle de Dieu, prisonnière de notre corps et aliénée dans un monde d’illusions. Mais lorsque nous souffrons, c’est Dieu qui souffre puisque nous sommes une partie de lui-même. Pour libérer notre âme et retrouver l’unité, nous devons pratiquer la compassion. Qui nous demande de pratiquer l’amour ? Les sages, les gourous qui en ont reçu l’illumination !Mais cette illumination, de qui l’ont-ils reçue ? En principe, de Dieu qui est en eux. Par conséquent si Dieu nous demande de donner l’amour, ce n’est pas pour nous, c’est pour lui-même puisque tout est lui et tout retourne à lui. Ce n’est pas donc un Dieu désintéressé, compatissant mais un Dieu égoïste. Un tel Dieu ne peut pas être Dieu.
Ainsi l’Un était dans un état de paix et de bonheur, puis il s’est ennuyé. Il décida donc, de souffrir le cauchemar de l’illusion, de prendre une enveloppe minérale, végétale, animale, humaine, de subir toutes les douleurs, physiques, mentales spirituelles puis après une douloureuse et longue période, de retourner à nouveau au point de départ.Dieu est-il masochiste pour agir de la sorte ? Cela paraît aberrant comme projet. Dans un tel but, il n’y a pas de finalité, pas de progression, ni pour Dieu, ni pour nous qui sommes une individualité temporaire destinée à retourner à l’unité originelle.
Maître, je ne comprends plus. Finalement lorsque j’étais athée c’était beaucoup plus simple. Pourtant je continue à croire qu’il y a un Dieu, mais qui est-il vraiment ? Quel est son projet pour nous ? Il ne peut que désirer notre ascension vers Lui ? …
Lors du deuxième jour de ton enseignement, tu m’as dit que Dieu possède en lui trois fonctions ou activités : celle de créateur, conservateur et destructeur. Ainsi Dieu par sa fonction créatrice, crée la multiplicité de sa personne et sa propre souffrance à travers toute sa création ; par son aspect conservateur se guérit de sa souffrance, et par son aspect destructeur, détruit sa création qui est la multiplicité en retournant au point de départ. Ceci est un cycle ou un kalpa. Puis Dieu se repose en lui-même et après une période de repos, inaugure un nouveau cycle et ceci depuis toujours et à jamais. C’est bien cela maître ?
LE MAÎTRE :Oui !…Tout à fait.
CANDIDE :Maître, cela me fait penser à un homme en pleine santé. Il s’inocule un poison, puis après avoir longuement souffert et sentant la fin venir, appelle son voisin. Ce dernier, rempli de compassion, appelle un médecin qui administre aussitôt un anti-poison. Que penserait-on d’un tel homme ? Qu'il est insensé ! N'est-ce pas ? …
Imaginons qu’un tel homme, une fois en bonne santé recommence quelque temps après ? Il faudrait alors l’enfermer pour le soigner énergiquement. Pourtant, on pourrait comparer l’homme en bonne santé à Dieu en lui-même dans son unité. L’homme qui s’inocule le poison et souffre à Brahman créant la multiplicité. Le voisin venant au secours de l’homme souffrant, à Vishnou. Le médecin redonnant à l’homme la bonne santé, à Shiva… Maître, un tel projet sans fin et sans résultat serait absurde. Je me souviens d’un poème au lycée :
« ... Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage puis est retourné chez lui plein d’usage et de raison, vivre entre ses parents le reste de son âge. ». Ulysse est parti puis est revenu à son point de départ, mais il est revenu avec un acquis important : il est rentré heureux, plein d’expériences. Il a connu de nombreux pays, des aventures extraordinaires, traversé des mers. Partir ; en valait la peine. Mais dans ces cycles de création et de destruction sans fin où est l’avantage, l’intérêt, le but, la progression ?
LE MAÎTRE :Ce n’est pas parce que tu ne vois pas ce but ou parce qu’il ne peut s’énoncer explicitement qu’il n’est pas réel. Un jour nous connaîtrons le pourquoi et le comment. Si ce n’est pas dans ce monde de l’illusion, ce sera sûrement dans celui de l’unité originelle où nous aurons toute connaissance.
CANDIDE :A-t-on posé ces questions à un libéré-vivant ? A-t-il apportait une réponse ?
LE MAÎTRE : Pas à ma connaissance !
CANDIDE :Toute notion individuelle ayant disparu, étant comme des gouttes d’eau dans l’océan formant l’océan, comment saurais-je ? Un simple atome de mon corps a-t-il la notion de ce que je pense, de ce que je dis, de ce que je fais ? Comment saurons-nous dans un monde où il n’y aura plus la notion de JE, de TU, de IL, de NOUS, de VOUS, de ILS. Un monde sans aucune relation avec autrui doit être ennuyeux et cela ne m’étonne pas qu’un jour Dieu s’ennuya. La libération ou nirvana serait à la longue : tristesse, lassitude, ennui ? … Maître lors de l’enseignement du premier jour tu m’as enseigné par l’image de la source.
LE MAÎTRE :C’est exact Candide.
CANDIDE :Tout compte fait, je préfère être la source avant qu’elle ne se fonde dans l’océan : son existence est plus intéressante, surtout plus utile. Quelle sera notre mission dans ce grand tout inconnu et indescriptible dont les sages d’orient chantent les louanges mais en ignorent les tenants et les aboutissants, l’accomplissement et la réalité ? Une vie bien remplie sur terre ne serait-elle pas préférable à cette libération ?
LE MAÎTRE :Tu es en chemin et tu voudrais être à l’arrivée… Apprends la patience par la méditation.


[1] Spiritualité hindoue de Jean Herbert page 103 et 104
[2] Spiritualité hindoue de Jean Herbert page 104


Le bien et le mal
CANDIDE : Maître, lors de l’enseignement du deuxième jour, tu as dit que les Occidentaux ont tendance à attribuer le bien à Dieu et le mal au Diable. Du point divin le bien et le mal ne sont que des forces semblables et complémentaires dont le jeu et le déséquilibre donnent naissance à la multiplicité. Ainsi, les hindous font remonter le bien et le mal à Dieu.
LE MAÎTRE : Oui ! C’est exactement ce que je t’ai enseigné.
CANDIDE : Dans ce cas, dans qu’elle mesure les hommes seraient-ils coupables du mal quel qu’il soit ? Il est dit dans toute religion que Dieu encourage le bien et entrave le mal.Si cela est vrai, il y a contradiction. Comment, Dieu peut-il entraver le mal, si le mal provient de Lui ? Dieu serait-il divisé contre lui-même ? Ce qui est divisé n’est pas de Dieu, car tout ce qui est divisé est voué à la destruction et à la disparition.Or Dieu par définition est éternel, omniscient, omnipotent. Si Dieu combine en lui-même le bien et le mal serait-il à la fois Docteur Jekyll et Mister Hyde ? …
Une pensée me vient à l’esprit. Comment les sages et les gourous savent-ils que pour atteindre la libération, il faut être un disciple zélé de la compassion ? Si le bien et le mal du point de vue divin ne sont que des forces semblables et complémentaires, pourquoi le mal ne serait-il pas un moyen d’atteindre la libération ? On pourrait penser que tuer son prochain est un acte d’amour permettant à l’innocent assassiné de ne plus renaître en accédant automatiquement à la libération. Après tout, on explique bien que les animaux sacrifiés à l’époque védique étaient assurés de renaître humains ! Si le mal est un moyen divin, on pourrait très bien imaginer que dans ce cycle, le bien est à l’honneur, et qu’au prochain dans un souci de justice, ce sera au tour du mal. Pourquoi pas ?
LE MAÎTRE : Pour l’Occidental « oui » est « oui » et « non » est « non » ; jamais « oui » ne peut être « non » et vice-versa. Pour l’Oriental, le « oui » glisse vers le « non » et le « non » vers le « oui » ; il n’y a pas d’opposition tranchée entre les deux, la nature de la vie le veut ainsi.[1]. Il y a beaucoup à apprendre de l’attitude orientale pour mieux appréhender la vie et les choses.
CANDIDE : Maître, je veux bien ! Pardonne mon impulsivité … Une autre pensée me vient à l’esprit. À chaque fin de cycle, toute la création est détruite et retourne à l’unité : règne minéral, végétal, animal et humain. Tout sans exception. Autrement dit que je fasse le bien ou le mal, au plus tard à la fin d’un cycle, je retournerai en l’Un tout aussi sûrement que celui qui aura fait le bien. Cela me rappelle une chanson de Michel Polnareff dans les années 1960, qui disait « Nous irons tous au paradis... même moi ». Est-ce cela la justice de Dieu ? À la fin, quoi que nous ayons fait pendant nos innombrables vies nous serons tous rétribués de la même manière ? Dans tel cas, où est la justice divine ? La loi du karma qui est une loi de juste rétribution devrait s’accomplir, non seulement dans le cycle en cours mais à travers tous les cycles antérieurs, présents, et futurs…
Mais encore, dis-moi, comment les sages savent-ils que ce monde n’est qu’illusion ?Le savent-ils par eux-mêmes ? Le savent-ils par révélation ? Quelles preuves en ont-ils ?
LE MAÎTRE : C’est par la connaissance de toi-même que tu pourras répondre à ces questions. Souviens-toi : le microcosme est à l’image du macrocosme. Ton âme étant semblable à l’âme universelle, si tu la connais parfaitement, tu connaîtras l’âme universelle.
CANDIDE : Maître, si le microcosme est à l’image du macrocosme et si ce qui est en bas est à l’image de ce qui est en haut, alors ce qui est en haut est aussi pure illusion puisque tu m’enseignes que tout dans ce monde est illusion.
LE MAÎTRE : Oui, tout sauf l’âme ou atman, qui est pure essence de Dieu. Les découvertes de la science, concernant la structure de l’atome, donnent raison à ce concept qui affirme que tout est illusion. Là où nos yeux voient le plein, il y a le vide ; chaque atome rempli de vide est semblable aux distances considérables qui séparent les univers. Nous sommes donc du vide ! Il est dit que s’il était possible de rassembler uniquement les noyaux d’atome constituant chaque être, l’humanité entière représenterait le volume de quelques grains de riz. Ainsi, nous sommes une illusion ! La doctrine orientale vieille de milliers d’années se justifie.
CANDIDE : Mais ce n’est pas parce que nous sommes surtout du vide que nous sommes une illusion. Même si l’humanité tout entière se réduit à quelques grains de riz « pleins », elle représente une réalité tout de même. Dieu nous donna la réalité qui convient le mieux à notre réalisation divine. Nous sommes donc une réalité et tout est donc réalité et non illusion…
D’ailleurs, si on pousse le raisonnement plus loin, l’illusion ne peut exister que dans l’esprit de l’homme car le monde créé par Dieu ne peut être que réalité. Pourquoi ? Parce que le vide ne peut exister, ce vide qui sépare les atomes et les univers n’est pas du vide : c’est l’ énergie, l’esprit du Tout-puissant, sa Lumière qui imprègne toute chose. Donc ce vide n’est pas du vide, c’est du plein puisque c’est plein de Dieu. Alors le vide n’existe pas, ni l’illusion, ni l’illusion du vide. Tout est réalité car réalité de Dieu…
LE MAÏTRE : C’est un point de vue intéressant !
CANDIDE :Maître, pardonne-moi, mais ce que tu m’as enseigné jusqu’à ce jour, prouve qu’aucun sage ne connaît Dieu, puisque tous apparemment disent qu’Il est inconnaissable ! D’ailleurs ne l’appelle-t-il pas CELA, un pronom démonstratif désignant quelque chose d’indéfini !
Aucun ne connaît véritablement son but, puisque aucun de donne une explication suffisamment compréhensible de son passage au multiple, puis du multiple vers l’unité et cela sans discontinuer. Personne ne sait ce qu’est la libération car tous les sages en parlent en termes élogieux, sans savoir ce qu’elle est véritablement. J’ai lu ceci : [2]« Pourquoi la Divinité nous laisserait-elle commettre de nombreuses erreurs, et plus encore de fautes, qui nous condamnent à renaître encore et encore, pour en subir les conséquences ? Et pourquoi, après avoir souffert ces dures existences, les hommes devraient-ils disparaître dans le Brahman _autrement dit Dieu _ aussitôt qu’ils auraient perçu expérimentalement leur nature divine ? Quel en serait l’intérêt pour la Divinité ? Celui d’observer comment nous allons faire, au cours de multiples et pénibles incarnations, pour nous dépêtrer de cette matière qui nous masque notre nature divine et nous empêche de réintégrer au plus vite le sein du Père ? Jeu pervers, expérience de laboratoire, inconcevable chez un Etre, par essence, infiniment supérieur à l’homme ! » .
Oui, ce serait un jeu pervers ! Pour moi inconcevable ! Pourtant peut-il en être autrement ? Krishna ne dit-il pas que le monde est un jeu, qu’Il s’offre pour son propre divertissement ? …
LE MAÎTRE : Tu t’attaches trop aux mots ! Krishna s’exprime souvent métaphores poétiques.
Extraits « Candide et l’Hindouisme » de Victor OJEDA

[1] Les religions orientale de René GIRAULT page15
[2] Olga Kozak Bouddha, le Christ ... Quelle voie ? page 118