HISTOIRE DE L’EGLISE

L’ÉGLISE PRIMITIVE APOSTOLIQUE

Période 1

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Scott McCARTY
Nous avons le plaisir de publier une série d’études sur l’histoire de l’Église, exposés instructifs pour notre compréhension de l’histoire de la doctrine chrétienne et de la situation actuelle de l’Église pour en tirer des leçons. Son auteur, M. Scott McCarty, a fait ses études en théologie au «Dallas Seminary» aux États-Unis. Il exerce un ministère d’enseignement biblique en France depuis 1971. Il est marié et père de cinq enfants. Il est co-fondateur du C.I.F.E.M. et auteur de nombreux articles.

I. Prologue.

«L’histoire est la connaissance et le récit des événements du passé…relatifs à l’évolution de l’humanité…», Le Petit Robert, p. 1093.
Cet article concerne le récit de ce qui est connu de l’origine et du développement de l’organisme appelé «l’Église», composé des nés-denouveau en Christ (Ac 4.12). Ce terme d’Église s’applique aussi dans l’histoire pour désigner l’organisation mondialement répandue composée de dénominations et de groupements divers.
Cette série commence par l’étude de cet organisme - l’Église, Corps de Christ - décrit dans le Nouveau Testament. Puis nous poursuivrons en montrant, qu’à partir du 2e siècle, ce Corps spirituel devient de plus en plus organisationnel. Il en est de moins en moins spirituel, malgré des îlots de grande spiritualité qui subsistent ici et là.
Le chrétien moyen, qui n’a jamais connu cette histoire, en souffre involontairement. Celui qui, l’ayant connue, l’oublie, souffre également de son amnésie «historique »!
L’Éternel reconnut cet état amnésique chez son peuple (Ex 8; 16; 33); et l’apôtre Paul nous met en garde (1 Cor 10.6,11- 12). Voici trois résultats de cette amnésie:
1. Les sectes tordent l’histoire de l’Église afin d’accaparer les ignorants vulnérables.
2. Des chrétiens tombent dans le piège de l’orgueil en affirmant que leur église- dénomination est la seule vraiemeilleure. Cela leur arrive car ils n’ont pas de repères pour comparer correctement leur situation ni avec la norme biblique, ni avec celle de l’histoire.
3. Beaucoup de gens s’engagent dans des ministères, ignorants du cadre étendu et riche de l’histoire du Corps de Christ, donc, ils peuvent avoir un ministère tronqué.
4. Les hérésies doctrinales prolifèrent facilement. Chaque converti doit devenir, à son niveau de compréhension, un étudiant de l’histoire de l’Église.
La connaissance de cette histoire devrait séparer l’éphémère du permanent, l’ombre du concret, le faux du réel, ce qui est une mode passagère de ce qui est vrai et durable. Il faut raconter la vraie histoire, que cela fasse «mal» à son camp ou non.
Voici quatre approches de l’étude de l’histoire chrétienne:
• L’Église romaine: toute autorité, toute décision et toute version touchant le christianisme émanent uniquement du Pape et de ses représentants. C’est la vue hiérarchique.
• L’Anglo-catholique (la partie romanisante de l’Eglise anglicane): la vraie histoire (celle de «son» camp ) s’identifie avec celle des Pères de l’Église et avec les canons des Quatre Conciles Œcuméniques des premiers siècles. C’est la vue de la continuité ecclésiastique.
• Le N.T. ne nous donne qu’une idée générale de l’organisation de l’église locale, et chacune des générations successives doit s’adapter aux modes de vie de son siècle; le style de la congrégation simple s’est transformé en gouvernement presbytéral, puis en épiscopal, prélature pour arriver enfin au papisme. C’est la vue du développement circonstanciel ecclésial.
• Seuls Christ et les apôtres définissent avec authenticité et avec autorité le standard éternel pour le vrai plan de l’Église universelle, et locale, puis des relations inter-églises.
L’histoire du Corps de Christ ne tombe pas du Ciel, car ce sont des convertis qui l’ont «écrite», pour commencer, dans le N.T. Elle se lit ensuite dans les écrits des «Pères», appelés apostoliques et postapostoliques, dans les écrits des apologistes et des polémistes, dans les décisions des conciles et des synodes, dans la correspondance entre des religieux, dans les liturgies et les hymnes, etc.
Notre histoire de «l’Église», organisme et organisation, sera davantage compréhensible en la divisant en périodes logiques, lesquelles seront ciblées par des études successives:
1. Période Néo-testamentaire, le 1er siècle.
2. Période Post-apostolique, jusqu’à la «conversion» de Constantin, de l’an 100 à l’an 312.
3. Période de l’Age du développement de la chrétienté impériale romaine, de l’an 312 à l’an 590.
4. Période du Moyen Âge ou l’Âge des Ténèbres, de 590 à 1517( avec des subdivisions ).
5. Période de La Réforme, de 1517 à 1648.
6. Période du Siècle des Lumières et des Réveils, de 1648 à 1789.
7. Période des Révolutions politiques, économiques, sociales et religieuses, de 1789 à 1914.
8. Période du Siècle des bouleversements, des tragédies, de la dégénérescence et des victoires, de 1914 à aujourd’hui.

II. L’histoire selon les Actes des Apôtres.

En commençant avec la création de l’Église (Corps) - selon 1 Cor 12.12-13, Eph 1.22-23; 2.21-22 - au Jour de la Pentecôte (Act 2), nous découvrons une communauté locale composée de pécheurs repentis-croyants (Act 2.41; 3.19; 4.12) en Jésus-Christ. Ils viennent de toute race, nation, langue sans aucun esprit tribal au début (Act 2.8-11; Eph 2.11-18; Apoc 7.9). Le Saint-Esprit est l’agent créateur du Corps (1 Cor 12.12-13; Eph 2.22). Il y réside en permanence (Act 2.4a; 9.17; cf. Jean 16.7; 14.16; Rom 8.2,9a; 1 Cor 3.16; 6.19; Eph 1.4; Gal 4.6; 1 Jean 4.13). Il fixait comme buts à accomplir à travers les convertis:
1. De révéler les qualités excellentes du Seigneur Jésus-Christ (1 Pi 2.9), afin de changer le monde païen par des principes bibliques vécus ( 1 Pi. 2.11- 21; 3.1-9; 4.14-19; Eph 4 à 6; Rom 12 à 16; 1 Thes 4.1-8, etc.).
2. D’évangéliser les païens (Mat 28.18- 20; Ac 1.8; 2 Cor 5.14-15, 18-21). 3. D’édifier et de former des chrétiens (Act 9.31; Rom 15.2; 2 Cor 10.8; 13.10; 1 Cor 8.1;14.12,26; Eph 4.11- 16; 2 Tim 2.2). Les Actes des Apôtres étalent amplement devant nos yeux ces trois buts.
Christ mentionne la création future de l’Église-organisme (Mat 16.18), et les Actes démontrent l’application vivante de cette promesse. La doctrine de l’Église est bien développée dans les épîtres, et les Actes servent de fond historique, spirituel et géographique. Ce livre unique nous renseigne sur le caractère, des tensions internes, des persécutions, des problèmes doctrinaux et spirituels, des espérances, des conversions, des victoires, des églises locales fondées, etc. Cette histoire explique comment le message du Royaume de Dieu et de l’Évangile progressait de Jérusalem à Rome pour être reconnu finalement comme une Foi mondiale ( Act 1; 8.12; 10.24 à 11.18; 19.8; 28.23; Col 4.11; etc.).
Le Corps se constitua à la Pentecôte (Ac 2), lorsque le Saint-Esprit baptisa les repentis- convertis dans ce Corps. Selon 1 Cor 12.12-13, ce début fut très spectaculaire, voire extraordinaire. Parfois même, il y avait des «grands coups» exceptionnels (Ac 8;10;19). Mais les passages de Act 2.47; 6.7; 9.31; 12.24; 16.5; 19.20; 28; 30-31 nous informent que le progrès de l’Église était plutôt régulier et «normal ».
Ce progrès se faisait par étapes sur le plan géographique (Act 1 à 7; 8 à 9; 10 à 11; 13 à 14; 15 à 28. Votre église locale a-t-elle la vision apostolique, désirant annoncer l’Évangile plus loin sur le plan géographique? Ou bien êtes-vous simplement satisfaits du statu-quo, c.-à-d. que votre église devienne la plus grande possible sans se préoccuper d’annoncer la Bonne Nouvelle aussi plus loin?
Le progrès se faisait aussi sur le plan spirituel:
1° en commençant dans un contexte «tribal » ( le Judaïsme, ch. 1-7 ), puis, 2° en «se métissant» (ch. 8-10 ), pour finir, 3° en acceptant que n’importe quel individu, prêt à se soumettre à Jésus-Christ comme Sauveur et nouveau Maître, fasse partie du Corps, l’Église organisme (11.19 à 28.31).
Quels sont les progrès de votre église dans ce domaine?
La méthode apostolique pour fonder et pour consolider des églises locales se résume très brièvement ainsi:
1. Par l’évangélisation en prêchant la vérité de Christ et en témoignant personnellement, la parole de Dieu (Act 2.17-40; 3.12-26; 4.33; 7.2-53; 8.5-8; 9.20,28; 10.34-43; 13.7, 17-41, 44-49; etc.). Notez bien 1 Cor 1.23; 9.16; 2 Cor 9.5; Gal 1.6; 2 Tim 4.2. Elle se fait sans «gadgets» souvent charnels très en vogue depuis presque 100 ans? Êtes-vous, vous et les prédicateurs de votre église, des témoins «apostoliques »?
2. Par l’acceptation de l’obligation volontaire de passer par immersion dans les eaux du baptêmede tout vrai converti, comme signe sincère de sa foi en Christ (Act 2.38,41; 8.12,36; 9.18; 10.47-48; 16.15,33; etc.). Êtes-vous baptisé bibliquement?
3. Par le rassemblement en une assemblée locale et indépendante, pour vivre selon les points 1 et 2, ci-dessus (Act 2.46; 4.23,31-32; 14.21-23,27; 15.5; etc.). Ceci sans oublier la communion fraternelle avec d’autres assemblées locales, voire nationales indépendantes (Act 11.19-26; 12..24-25; 14.27-28; 15; 2 Cor 8.18-19, 22-23; 9.12-14).
4. Par les quatre activités fondamentales, sans lesquelles aucune église ne peut prétendre suivre le chemin apostolique (Act 2.42): «la persévérance dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières». Où en est votre église locale?
5. Par trois autres éléments essentiels, celui de l’entraide humanitaire (Act 2.44-45; 4.32,35; 6.1-3), celui de la discipline juste (Ac 5.1-11; 8.18-24; 15.38) et celui de l’envoi de missionnaires (Ac 11.22; 13.1-3; 15.40-41; 16.1-3; 18.22-23,27-28; 19.23).
Où, vous et votre église, vous situez-vous par rapport à ces cinq piliers essentiels?
Il apparaît clairement que le Corps de Christ, l’Église, fut bien meurtri pendant le 1er siècle par de terribles persécutions qui ont été racontées sans fard dans les Actes; mais ce Corps se développe toujours pendant les époques de virulente opposition. Un théologien du 3ème siècle a dit: «Le sang est la semence de l’Église ».
La prochaine étude développera bien, entre autres, ce point dans la période de l’an 100 à l’an 312.
Il est impossible en si peu de pages d’écrire totalement l’histoire de l’Église apostolique, mais le but est de stimuler votre réflexion et votre action, afin que vous alliez plus loin avec le Seigneur, vous et votre église locale, en cette époque de médiocrité.
Retournons à l’étude de l’histoire néotestamentaire afin d’apprendre ce qui est bien devant Dieu, ce qu’il faut éviter à notre époque si dégénérée et tiède. Pour apprendre aussi ce que nous devons changer dans notre église, sur la base de la parole de Dieu écrite sous l’inspiration du Saint-Esprit. Il existe des chrétiens bien intentionnés qui parlent beaucoup du Saint-Esprit. Or, si nous ne respectons pas tout ce qu’Il a fait écrire dans le N.T.(«tout le conseil de Dieu», Act 20.26-27), nous tombons assez loin du modèle apostolique. Pour honorer Jésus-Christ par l’Esprit, nous devons suivre les traces de Leur œuvre concertée, si bien présentée dans les Actes des Apôtres.
Chers lecteurs, à l’étude, à la réflexion, et à l’action! Le Corps de Christ a besoin d’un réveil. Cette série pourrait vous encourager dans cette direction, je l’espère!
   


HISTOIRE DE L’EGLISE

L’ÉGLISE POST-APOSTOLIQUE

Période 2: de 100 à 312 après J-C

Scott McCARTY

I. Résumé

Les Actes des Apôtres fournissent l’essentiel des informations pour l’étude du fonctionnement, des méthodes, de la doctrine et de l’extension de l’Eglise au 1er siècle. Si tous les aspects de cette communauté universelle composée de convertis n’ont pas été traités, il est évident que tous les détails de notre présente étude ne le seront pas non plus en si peu de place, car la tâche est immense. N’oublions pas que cette série vise à améliorer la connaissance de notre «famille» spirituelle et historique. Ignorer notre héritage spirituel et ecclésiastique ou ne pas le comprendre nous rend vulnérables face à l’avenir et aux tromperies les plus habiles.
L’histoire de l’Église de l’an 100 à l’an 312 (année de la «conversion» de Constantin) pourrait s’intituler «la période du Christianisme catholique». Le mot «catholique» a été employé pour la première fois par Ignace (mort en 107) dans le sens d’«universel»: là où est Christ, là est l’Eglise. Ô malheur! Car ce n’est que plus tard que les mots «Église» et «catholique» ont été accaparés par Rome pour désigner la seule église reconnue par Dieu et par les successeurs de Pierre!

II. La continuité et la croissance

Les caractéristiques fondamentales du Corps (des églises locales indépendantes, soumises au Seigneur et à sa Parole, fonctionnant ensemble par le lien de l’Esprit, le sacerdoce universel des croyants, l’œuvre missionnaire, la discipline, le baptêmeimmersion, l’enseignement des convertis, la cène, etc.), si évidentes au 1er siècle, le resteront-elles au 2ème siècle? Malheureusement, l’esprit de domination et de confédération s’impose petit à petit après la disparition des apôtres (au sens strict du N.T.). Les chrétiens s’en remettent à des évêques anciens et des diacres pour la direction de leur église locale. Puis à ces deux groupes s’ajoute l’évêque local. Celui-ci, devenant d’abord le seul chef hiérarchique de l’église locale, le sera ensuite de toute une région. Avant de considérer la dégénérescence de la qualité de vie, de l’orthodoxie doctrinale et de la pratique des principes du N.T. dans l’église locale, un regard précis sur les aspects positifs de la croissance numérique et géographique du Corps universel rafraîchira notre esprit.
Le développement rapide du christianisme au 2ème siècle, même sans les apôtres, trouve sa cause:
1. dans la réalité de la résurrection de Jésus- Christ vécue au quotidien par les vrais convertis. En effet, leur vie rayonne Christ par:
a) leur éthique: finis le vol, la tricherie, le mensonge, l’immoralité
b) leur style de vie: refus de participer à la vie impériale débauchée, de s’engager en règle générale dans la guerre, de vivre dans le luxe sous toutes ses formes, car ils sont citoyens du Ciel et non de la terre,
2. dans l’amour pur et bon pour les autres, même pour leurs ennemis,
3. dans une évangélisation sincère, gratuite et dynamique inspirée par le Saint-Esprit, dépourvue de spectacles charnels, par le témoignage au un à un - en privé, sur le lieu de travail, et par la prédication dans la rue – témoignage rendu avec la conviction que la Vérité réside en Christ (Act 4.20),
4. dans l’assurance de la véracité doctrinale christique et apostolique qui, seule, régénère (1 Pi 1.18,22-23), édifie (Act 20.32), console (1 Thes 4.18), sanctifie (Jean 17.17), protège de l’erreur (Jude 17-18), etc.,
5. dans l’exercice de l’égalité de tous devant le Seigneur (Gal 3.28), vécue sans distinctions raciales, culturelles ou sociales pour que la communion fraternelle existe réellement,
6. dans la pratique de l’autonomie de la communauté locale liée directement à Christ au Ciel, fondée sur la Parole de Dieu et guidée par l’Esprit.
En résumé, le christianisme du 2ème siècle, dans ses aspects positifs, porte l’empreinte de la simplicité. Il se caractérise par la vie communautaire, l’amour, l’attachement à la Vérité, l’évangélisation et l’entraide.
Où nous situons-nous, dans notre vie personnelle et dans notre église, par rapport à ce type de christianisme?

III. Des faiblesses apparaissent

Avec l’expansion rapide du christianisme biblique, Satan a réagi pour essayer de ralentir la progression et de corrompre la vie intérieure des églises:
1. par dix persécutions virulentes orchestrées périodiquement par les Empereurs depuis Néron (en 64) jusqu’à Dioclétien (303-305) ; au Proche Orient, la persécution continuera jusqu’en 313: des multitudes y laissent la vie; des églises sont ravagées; les traîtres sont nombreux; des églises sont divisées sur l’attitude à adopter à leur égard. Mais ces persécutions ont aussi des effets bénéfiques: les églises sont purifiées des faux frères; seuls les sincères osent se convertir; l’Évangile est répandu partout par des exilés; de vrais chefs spirituels se lèvent, capables de combattre les hérésies; Christ accompagne ses fidèles jusqu’à la mort.
La lecture des récits de ces fidèles martyrisés m’humilie. Elle me jette un défi, me galvanise, m’enseigne et me pousse à la prière afin de rester attaché à Christ alors qu’une persécution future est envisageable (et probable?) avant l’enlèvement de l’Eglise (1 Thes 4.13-18), donc avant les sept années de la Tribulation (Apoc 6 - 19).
2. par le déclin d’une direction collégiale guidée par l’Esprit: Ignace (mort en 117) écrit que l’église locale a été dominée par l’évêque assisté des anciens et de quelques diacres. Ce mauvais exemple devient universel avant même le 4ème siècle par l’application de Mt 16.18-19 à Rome, sous l’impulsion de Cyprien (mort en 258)!
3. par l’infiltration du gnosticisme (11 types différents!) qui a été un éclectisme philosophique cherchant à réconcilier toutes les religions par l’ésotérisme, l’emploi d’une tradition secrète humaine acquise par l’initiation.
4. par l’attirance mondaine de la culture, de la philosophie et des mœurs païennes, et par le matérialisme (1 Jean 2.14-15).
5. par des sectes comme:
a) les Ebionites. Ils affirment: Jésus n’a été qu’un homme parvenu à la justice; il faut rejeter les épîtres de Paul; il faut obéir à la Loi mosaïque; Jésus est un docteur et non un sauveur, etc,
b) les Marcionites. Ils rejettent l’A.T. et mettent en opposition la justice de Dieu et l’amour de Jésus. Pour eux le N.T. ne devrait se constituer que des épîtres de Paul et de l’Évangile de Luc. Ils affirment que Jésus n’est pas né, mais qu’il est apparu à Capharnaüm en l’an 29!
c) les Manichéens. Ils professent le dualisme gnostique, un panthéisme réel, une hiérarchie «d’élus parfaits» seuls habilités à être baptisés, à participer à l’Eucharistie et à servir d’intermédiaires entre Dieu et «des auditeurs». Il rejettent l’A.T. Il en découle: un esprit d’ascétismemonasticisme (4ème siècle), un esprit de «cérémonialisme» pompeux, le sacerdotalisme (le chef spirituel «négocie » avec Dieu pour qu’Il bénisse les fidèles), la théorie des indulgences.
d) le Montanisme, un mouvement apocalyptique dont les mauvaises caractéristiques masquent les bonnes. Les bonnes sont le désir d’avoir un rapport sincère avec Dieu, l’appel au retour à la simplicité du N.T., la condamnation de la mondanité. Les mauvaises sont des fausses prophéties. La prophétie à cette époque est plus importante pour les Montanistes que la Parole de Dieu. Le mariage est condamné. Ils font la distinction entre péchés mortels et péchés véniels!
6. par des hérésies dont celle des anti-trinitaires, qui se répartissent entre a) ceux qui nient la divinité innée de Christ, la personnalité du Saint-Esprit, l’essence divine de la Trinité (en postulant que Dieu prend un masque pour jouer tour à tour le rôle du Père, puis du Fils et de l’Esprit); et qui croient que Christ est devenu divin par ses propres efforts b) ceux qui identifient tellement le Fils avec le Père que le Fils occupe la 1ère place, et qui enseignent que le Fils a été le Père incarné et que le Père est mort à la Croix!
7. par des chrétiens bien intentionnés ayant une bonne base doctrinale, mais qui érigent des règles basées sur des points de vue personnels. Par exemple: * tout converti s’identifiant avec leur église devrait repasser par le baptême
* la foi en la régénération baptismale * l’assurance d’être les seuls «purs» (ceux qui sont en dehors de leur église sont des «pollués»)
* l’impossibilité de se repentir d’un péché «grave» après avoir reçu le baptême
* le refus de restaurer ceux qui ont renié Christ pendant les persécutions
* l’obligation de baptiser les enfants pour les sauver
* l’affirmation que leur église était la seule vraie église pure.
Ces frères avaient un authentique esprit de réforme, mais les méthodes employées n’étaient pas celles du N.T. Ils sont restés influents en Afrique du Nord jusqu’à leur annihilation par l’islam aux 7ème et 8ème siècles.
8. par l’invention de l’ascétisme monastique dès la fin du 3ème siècle, puis par le monachisme communautaire à partir de 320. Ceci pour accéder à une vie spirituelle supérieure à la vie «ordinaire» en ville.
Que le Corps de Christ universel ait survécu à toutes ces vicissitudes - extérieures et intérieures, causées par l’éloignement des principes du N.T. - est un témoignage de la grâce et de la souveraineté de Dieu! Il en est de même aujourd’hui!

IV. Le Canon et la littérature chrétienne

Il est important de mettre en évidence au moins deux événements capitaux qui ont influencé les trois premiers siècles, et même tous les siècles depuis:

1. La Bible

La partie néo-testamentaire n’a pas toujours existé dans sa forme actuelle!
Sa rédaction par les Apôtres, Luc, Jude, Jacques et par l’auteur de l’épître aux Hébreux a été assez rapide (1er siècle). Mais sa compilation et son acceptation par les convertis a duré jusqu’au 4ème siècle!
L’Ancien Testament avait été accepté par les Juifs au plus tard en 200 av. J-C, après que chaque livre a passé des tests quant son authenticité, la reconnaissance de son origine divine, sa doctrine (sans contradictions ni erreurs), son caractère (capable d’édifier, de consoler, de corriger, de révéler la présence et la puissance de Dieu lorsqu’on le lisait), et finalement ait été accepté par le peuple de Dieu.
Ces mêmes critères ont, en général, été appliqués pour déterminer quels étaient les livres à retenir et à considérer comme la parole de Dieu de la Nouvelle Alliance, le Nouveau Testament.
Il y avait des raisons pratiques à cette compilation:
a) le désir tenace de préserver ce qui est apostolique (2 Pi 3.15-16; Col 4.16), de répondre aux demandes doctrinales et éthiques (1 Thes 5.27; 1 Tim 4.13; 2 Tim 3.16-17), de définir la norme, l’autorité en matière de foi et de pratique,
b) la menace hérétique par laquelle tel ou tel mouvement rejetait un livre ou un autre qui ne lui convenait pas,
c) la poussée missionnaire voyait beaucoup de conversions et de création d’églises locales; il fallait que ces convertis soient nourris de la parole de Dieu, donc il était nécessaire de savoir quels livres traduire pour eux,
d) la persécution par la Rome impériale avait, entre 303 et 313, comme but essentiel de détruire «les livres des chrétiens »; les chrétiens étaient prêts à mourir seulement pour les «bons livres»; lesquels?
Ce tri des livres en circulation a pris du temps. Plus de 50 livres ont été éliminés petit à petit, soit parce qu’ils n’étaient pas apostoliques, soit qu’ils contenaient des hérésies ou des légendes ridicules qui contredisaient la vérité acceptée par tous, etc.
À travers ces siècles, le Saint-Esprit a surveillé bien discrètement, mais souverainement, cette compilation des livres divinement inspirés. En 367, le théologien Athanase rédige, à Alexandrie en Égypte, une lettre pascale aux chrétiens. Il y affirme que seuls 27 livres sont inspirés et acceptés par tous les Chrétiens et composent ce que nous appelons «Le Nouveau Testament ». Après cette date des synodes à Hippone (393) et à Carthage (397) en Afrique du Nord confirment l’information d’Athanase. Nos actuels 27 livres du N.T. sont les seuls reconnus comme «canoniques», c.- à-d. qu’eux seuls font autorité et sont inspirés du Saint-Esprit.

2. La littérature chrétienne.

L’importance de cette littérature est inestimable:
a) Son contenu confirme par contraste la valeur, la supériorité et l’inspiration du N.T!
b) Cette littérature est la seule source d’informations sur l’évolution du christianisme. Elle nous révèle que le christianisme apostolique s’est dégradé progressivement (doctrine, vie, pratique, culte et institution) jusqu’au moment où il a été reconnu par l’État au 4ème siècle.
c) Elle trace le cheminement qui a conduit à l’acceptation des 27 livres du N.T. comme seuls inspirés de Dieu.
d) Sa diversité décrit toutes les formes de la chrétienté et leurs développements. Cette littérature rend compte de quatre périodes successives:
• celle de l’édification qui s’est faite d’une manière informelle; elle ne mentionne aucune philosophie païenne, mais révèle le christianisme à l’œuvre et un respect pour l’A.T.,
• celle des apologistes qui ont surtout écrit aux Empereurs pour réfuter les accusations d’athéisme (!), d’immoralité et de cannibalisme,
• celle des polémistes qui écrivent pour combattre des hérésies de toutes natures et pour essayer d’établir l’orthodoxie,
• celle de l’approche «scientifique» par des théologiens en Égypte; ils composent une théologie systématique basée sur la Bible, en employant malheureusement la méthode platonicienne et allégoriste; Alexandrie reste le principal centre de la pensée chrétienne jusqu’au 7ème siècle.

V. Conclusion

À la fin du 3ème siècle, le christianisme pénètre tout l’Empire romain, et s’est propagé même en dehors. Il est accepté jusque dans les échelons les plus élevés de la société et du gouvernement. Toutefois, il a encore des ennemis mortels: philosophes, prêtres païens, magiciens, fausses religions et les empereurs. Les chrétiens ont accumulé leur part de richesses, et bien des églises ont de beaux bâtiments.
Hélas, le christianisme a été progressivement déformé dans la chrétienté, car les différences entre l’an 100 et l’an 312 sont grandes à cause:
1. des œuvres méritoires qui ont enfanté l’ascétisme, la perversion de l’amour, la transformation des ordonnances en mystères magiques
2. du fétichisme (culte des reliques)
3. du sacerdotalisme
4. du ritualisme
5. de l’interprétation allégorique
6. du pardon des péchés effectué par l’évêque
7. d’une hiérarchie écrasante
8. du début des synodes/conciles dont les décisions sont devenues des lois, car approuvées par l’Empereur
9. des églises somptueusement décorées
10. de la mondanité du «clergé»
11. de la débauche qui se généralise parmi des chrétiens de toutes conditions 2. de l’entrée des païens dans l’église, sans passer par la conversion
13. de l’instauration de toutes sortes de fêtes religieuses
14. de la vénération des martyrs («saints» plus tard).
Heureusement tout n’est pas sombre (voir le § IV. ci-dessus), car le Seigneur a toujours connu ceux qui lui sont fidèles.
Ce résumé est important: toute la suite du christianisme et de la chrétienté découle, en bien et en mal, des trois premiers siècles.

   

HISTOIRE DE L’EGLISE

L’ÂGE DE L’EMPIRE CHRISTIANISÉ

Période 3: de 312 à 590 après J.-C.

Scott McCARTY

I. Introduction

Le titre de cet article pourrait faire croire que l’Empire romain s’est converti bibliquement à Christ. Il n’en est rien! Après le IIIe siècle, l’empire se «christianise» de plus en plus, au moins en apparence, et le christianisme biblique se dilue et se corrompt toujours davantage par la mondanité et par l’influence impériale. Les trois siècles étudiés ici sont complexes par l’interaction de forces de natures différentes: politiques, religieuses, sociales, morales, doctrinales.
L’étude est divisée en deux parties: un regard général sur l’Empire (son déclin, sa «christianisation», sa disparition), puis l’étude (future) des luttes intestines vigoureuses, parfois violentes, parmi les chrétiens pour trouver une orthodoxie œcuménique (= universelle) en accord avec celle du Nouveau Testament.
Notre présente étude va consister seulement en un survol général, même si cette période est la seconde en importance dans sa totalité après celle des Apôtres. Son étude est nécessaire pour comprendre la période suivante: «l’Âge des Ténèbres», du 7e au 16e siècle, à laquelle elle sert en quelque sorte de tremplin, et pour comprendre aussi ce qui amènera à la Réforme protestante du 16e siècle. Le futur est toujours caché dans le présent, le présent enfante le futur.
C’est l’évidence même que le mot «Église» a perdu son acception du 1er siècle et ne ressemble pratiquement plus au modèle apostolique! À partir de 312, l’Église devient essentiellement une organisation qui accepte pratiquement tout ce que le monde a à lui offrir, en abritant minoritairement, quand même, le vrai christianisme! La date butoir de 590 indique l’année où le système épiscopal occidental devient la force papale du Moyen Âge.

II. Survol politique et religieux

Il est nécessaire de traiter ces deux domaines ensemble, car ils sont inextricablement liés l’un à l’autre..
En 312 le général Constantin unifie la partie occidentale de l’Empire romain sous son nom après sa victoire sur son rival; il dit que Jésus-Christ a répondu à sa prière! S’était-il réellement converti? Qui sait! En tout cas, il favorise le christianisme de maintes manières, même si sa vie contredit souvent sa profession de foi.
L’Église, jusqu’ici méprisée, persécutée, se trouve instantanément avantagée, et Constantinople devient la capitale de la chrétienté en 330! Une anecdote: en 324 l’Empereur offre de l’argent aux païens pour se convertir; ainsi en une année 12’000 d’entre eux sont baptisés à Rome! En 325 il exhorte tous les sujets de l’Empire à embrasser le christianisme.
Cette aide a eu certaines conséquences heureuses: la persécution s’achève; la législation est influencée pour le bien de l’être humain en général.
Mais aussi des conséquences mauvaises: le christianisme est sécularisé au point qu’il est souvent difficile de distinguer entre le «chrétien» et le païen; la conversion est à la mode; l’adoration des dieux est adaptée pour devenir l’adoration des martyrs (= «saints»); l’adoration accordée à Isis, la déesse égyptienne appelée «la Grande Vierge» et «la Mère de Dieu», est transférée à Marie, la mère du Seigneur (!); le christianisme en se paganisant devient la chrétienté (!); la hiérarchisation ecclésiastique se développe sans frein; «l’Église» devient parfois à son tour la persécutrice des païens (!); certains chrétiens, exaspérés par la mondanité rampante, se tournent vers un ascétisme excessif et le monachisme; et les empereurs successifs s’octroient le droit d’intervenir dans toute dispute entre des chrétiens. Longue est la liste des manifestations de l’éloignement des chrétiens des enseignements du N.T! En 391, l’Empereur Théodose ferme tous les temples païens dans les villes, mais à la campagne le paganisme se maintiendra pendant plusieurs siècles, jusqu’à ce qu’il soit «christianisé»!
En 395, l’Empire est définitivement divisé entre l’empire d’Orient et celui d’Occident pour des raisons politico-militaires. Cette décision a pour résultat le développement de deux entités dans la chrétienté, l’une romaine de langue latine, l’autre grecque de langue grecque. Leurs relations deviennent très conflictuelles, car chacune veut la première place et les honneurs pour pouvoir imposer ses manières et ses interprétations à tous les chrétiens.
Lorsque les Barbares parviennent finalement à anéantir le gouvernement de la partie «latine» restante de l’Empire en 475, ils prennent le contrôle des peuples depuis la Yougoslavie jusqu’en Espagne et en Afrique du Nord. À ce moment, le peuple de Rome se tourne vers les papes successifs pour qu’ils leur donnent un gouvernement bien structuré et très efficace, car «l’Église de Rome» est bien organisée et a des «moyens».
Le pape Grégoire I régnant de 590 à 604 a pu, par ses capacités extraordinaires et par ses œuvres, garantir la future domination religieuse de l’Europe par Rome.
Constantin établit le dimanche comme jour de repos; il désigne également le 25 décembre comme un jour consacré à Jésus en transposant une fête païenne en une fête «chrétienne»! D’autres «changements » de cette nature se font au fur et à mesure que la chrétienté avance à travers les siècles.
Voici un exemple d’une journée de culte (rien n’est statué au début de notre période pour fixer un seul style de réunion pour toutes les églises dans l’Empire):
il commence le dimanche matin vers 8 heures avec l’Eucharistie (la Sainte Cène) suivie par des lectures bibliques et des exposés des textes, puis suivent des hymnes ou psaumes chantés, des prières.
Vers midi un repas en commun est suivi d’une sieste (en été); puis des gens, après une offrande d’argent ou de nourriture, s’engagent à accomplir des œuvres de bienfaisance envers des pauvres, des prisonniers, des veuves, des orphelins ou des personnes âgées et à rendre visite aux malades. Parfois, à la fin de la journée il y a une agape. Chaque église locale ou région décide de l’ordre et du contenu de son culte selon des facteurs différents. Progressivement la simplicité et l’indépendance cèdent leur place sous la pression charnelle au cérémoniel, au sacramentalisme et au cléricalisme.
Le baptême est normalement pratiqué par immersion des adultes convertis, mais déjà vers la fin du IIe siècle le baptême des enfants non-convertis est introduit petit à petit!
Tertullien vitupère, avec raison, contre cette pratique, car comment un bébé ou un jeune enfant peut-il se convertir? Le candidat adulte au baptême doit prouver que ses motivations sont pures après avoir suivi un cours d’enseignement qui pouvait durer jusqu’à trois ans. Cet enseignement porte sur la bonne doctrine, la pratique de la vie chrétienne et la mise en garde contre le paganisme ambiant. Et aujourd’hui, où en est-on avec les candidats pour le baptême des bibliquement convertis dans nos églises? Malheureusement, petit à petit d’autres éléments s’immiscent dans la cérémonie: l’exorcisme, l’onction, l’imposition des mains, le signe de la croix, puis l’idée que le baptême lave l’individu de tous ses péchés!
Dans le N.T. la discipline des chrétiens a parfois été sévère (1 Cor 5; 2 Thes 3: 6 à 15), mais elle avait pour but d’amener le coupable à la repentance et à la restauration. Après quelques siècles, elle est devenue arbitraire, légaliste, incohérente:
on distingue trois classes de «disciplinés »:
(1) les «pleureurs» debout devant l’église souvent par mauvais temps, confessant leurs péchés et demandant les prières des chrétiens;
(2) les «auditeurs» sous le porche avec des non-croyants pour entendre la lecture des Écritures;
(3) les «agenouilleurs» qui sont à l’intérieur de l’église avec des catéchumènes.
Le célibat est de plus en plus considéré comme l’état idéal pour pouvoir cultiver une vie de prière et d’abstinence, pour démontrer sa spiritualité, et pour se rendre acceptable à la prêtrise (1 Tim 4.1-3). Il y a des abus sexuels (!): des «célibataires » vivent en concubinage avec des femmes, des hommes mariés veulent abandonner leurs épouses pour vivre une vie ascétique. L’ascétisme monacal est le résultat de l’accent mis sur le célibat pour devenir «saint».
Au IVe siècle les fonctions ecclésiastiques - évêques, anciens, diacres, sous-diacres, exorcistes, acolytes, lecteurs - déjà hiérarchisées depuis un certain temps, deviennent formelles et fixes.
Les églises, en accueillant de plus en plus de «membres», s’enrichissent. Un sénateur romain païen s’exclame: «Consacrez- moi évêque de Rome et demain je deviendrai chrétien!» À la campagne, les églises restent malgré tout assez modestes.
L’évêque prend une importance grandissante au IVe siècle dans les métropoles avec l’augmentation du nombre de «chrétiens »; même Irénée († 117), Tertullien († 220), et Cyprien († 258) appuient l’idée que l’évêque de Rome est supérieur à tous les autres évêques (cf. Mt 16.18), une idée étrangère au N.T (cf. 1 Pi 5.1,3; Eph 2.22). Au cours des siècles l’église de Rome a parfois des hommes aux qualités humaines extraordinaires en son sein, hommes qui sauront imposer l’idée que l’Evêque de Rome doit être le chef suprême des chrétiens en Occident.
L’histoire complète de l’expansion du christianisme au cours des premiers siècles (et surtout après le 1er) est impossible à raconter par manque de place ici. Le christianisme s’est séparé du judaïsme au 1er siècle. Il s’est ensuite répandu dans tout l’Empire, de la Grande Bretagne jusqu’en Iran en passant par la partie sud de l’ex-URSS, de l’Afrique du Nord au Soudan, en Arabie Saoudite et peutêtre jusqu’aux Indes! On raconte qu’au IIIe siècle, un missionnaire, parti pour servir le Seigneur au N.-O. de la Turquie, a trouvé 17 chrétiens en arrivant sur place; mais après 30 années de dur service, il ne restait que 17 non-convertis!!

III. CONCLUSION

Après la «conversion» de Constantin, le christianisme quitte les catacombes pour entrer par étapes dans les palais. Entre le début et la fin du IVe siècle, le christianisme devient la religion de l’État romain. On peut dire que l’Église se marie avec le pouvoir politique, et qu’elle assume aussi la responsabilité morale pour toute la société. Pour mieux «servir » (?) l’État, elle adapte ses doctrines et imite la structure hiérarchique de l’Empire. Heureusement, tout n’est pas mauvais. Toutefois, le christianisme du N.T. a subi une transformation totale par rapport au Ier siècle. Cette transformation prépare l’Occident pour «l’Age des Ténèbres » (=le Moyen Âge).
Pour terminer le survol des siècles IV à VI, un regard particulier sur les controverses doctrinales des IVe et Ve siècles devrait occuper notre attention dans la prochaine parution de «PROMESSES».
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LE MOYEN AGE EN OCCIDENT (5)

de 590 à 1517

Scott McCARTY

L’EMERGENCE DE L’OCCIDENT CHRETIEN

Comment décrire une période si riche, si variée, si difficile, et si longue – en si peu de mots ? Nous nous contenterons de survoler les grandes lignes de l’histoire pour en capter son mouvement. Cette période de près de 1000 ans enfante les idées fondatrices des Temps modernes. Le Moyen Age débute au 6e siècle. C’est alors que « la chrétienté », chaperonnée par la papauté, essaie de transformer progressivement la société occidentale à son image. L’Europe catholique atteindra son zénith aux 12e et 13e siècles, avant d’essuyer les crises des 14e et 15e siècles qui préparent la Réforme du 16e siècle. Cette société, quoique « christianisée » extérieurement, manque de puissance spirituelle véritable parce qu’elle a sombré dans la superstition, la hiérarchisation ecclésiastique, et une rigidité doctrinale anti-biblique.
D’autres facteurs, comme le féodalisme, l’immigration constante de tribus « barbares » (porteuses parfois de valeurs comme le respect des femmes, l’honneur, et l’amour de la liberté !), ainsi que l’amalgame du spirituel et d’une politique sordide, gangrènent la société.
Le conflit religieux opposant la chrétienté occidentale (latine) centrée à Rome, à la chrétienté du Proche-Orient (grecque) centrée à Constantinople, entraîne peu à peu la perte du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord à l’islam. L’histoire occidentale de cette période ressemble à une courbe : elle commence en bas, monte, puis descend en un peu plus de 900 ans .
L’Europe devient le terrain où s’affrontent et s’entraident quatre nouvelles entités raciales et culturelles :
- l’entité latine composée des Italiens, des Espagnols, des Français, et des Portugais ;
- l’entité celtique composée des Gaulois, des Vieux Bretons, des Pictes, des Ecossais, des Gallois, et des Irlandais ;
- l’entité germanique composée de nombreuses tribus ;
- l’entité slave composée des Bulgares, des Tchèques, des Slovaques, des Croates, des Polonais, et des Russes.
Cette masse disparate se fond graduellement aux vestiges de la civilisation gréco-romaine. Elle fera naître une civilisation romano-germanique dominée par les forces actives :
1. de la papauté,
2. du monachisme,
3. du féodalisme : une forme d’organisation politique et sociale caractérisée par l’existence de fiefs et de seigneuries dans laquelle une hiérarchie de dépendance et de domination gère toute la vie du serf jusqu’au roi ; chacun en son rang doit l’obéissance et le service à son supérieur ; ce dernier a la responsabilité d’accorder propriété et protection à son inférieur. L’Eglise de Rome fait partie intégrante de ce système corrupteur de la spiritualité. Elle devient une forte puissance politique, économique, voire militaire, à travers le contrôle spirituel exercé sur les rois et les seigneurs, lorsqu’elle le peut ! On est très loin du christianisme biblique.
4. de la scolastique : une forme de système philosophique et théologique qui vise à mettre sur pied d’égalité la Révélation divine et la raison humaine en synthétisant les idées des classiques grecs et romains, les principes de la Bible, les écrits patristiques, ainsi que toute la littérature chrétienne d’avant l’an 590 ! Les thèses de la scolastique supplantent souvent les déclarations de l’Ecriture. Thomas D’Aquin – le « Docteur Angelus » du 13e siècle – devient le maître incontesté de cette méthode par ses écrits. Il désire prouver que la raison humaine autonome collabore au salut de l’homme et l’aide à vivre chrétiennement1. Les doctrines de la papauté actuelle trouvent leur fondement dans son système théologique. Th. d’Aquin affirme que le salut de Dieu passe nécessairement par la soumission au pape et par les Sacrements !
Ce qui se passe alors va modeler toute la mentalité européenne. Les forces vives politiques, économiques, sociales, et spirituelles actuelles qui rivalisent pour le pouvoir, surtout en Occident, tirent leur énergie des initiatives diverses lancées au Moyen Age ! En effet, la forme politico-militaire de l’Empire romain occidental est brisée en 475, mais la philosophie et l’esprit de la Rome ancienne circulent encore dans les veines du corps de l’Europe moderne, qui rêve de se reconstituer en un (Saint) Empire hégémonique.
La chrétienté de cette période lutte durement pour s’implanter en dehors des frontières de l’ex-Empire romain. En moins de 5 siècles, des moines, peu instruits, étroits d’esprit mais zélés, téméraires et héroïques, ont « christianisé » une très large partie de l’Europe (13 pays recensés).
Malheureusement, ils ne prêchent pas selon les enseignements du Nouveau Testament, mais selon ceux de la Tradition ecclésiastique romaine. En général, la conversion se fait en masse, en suivant la décision du roi, du seigneur ou du chef local ! Toute méthode est bonne pour convertir des païens : spirituelle, économique, et même militaire !
La papauté, dont on connaît aujourd'hui la forme et la puissance, commence effectivement en 590 avec le règne de Grégoire 1er, surnommé « Grégoire le Grand ». Il brille par ses capacités d’organisation, de vision, et par son travail acharné. Il réalise la synthèse des décrets conciliaires, des enseignements des « Pères de l’Eglise », des superstitions païennes d’une populace illettrée, et de la Bible en un seul corps : l’« orthodoxie romaine ». Ce pape peut être légitimement appelé le fondateur doctrinal et spirituel de la papauté moderne. Son importance pour l’Eglise de Rome est inestimable, mais catastrophique pour ceux qui recherchent la vérité biblique ! Les papes qui lui succéderont disposeront de deux armes redoutables pour se faire obéir:
1. L’excommunication
2. L’interdit, sorte de grève ecclésiastique contre tout un village, une nation ou un pays. Lorsqu’un roi refuse d’obéir au pape, les prêtres n’assurent plus que le baptême et l’extrême onction : pas de mariages, pas d’enterrements, pas d’eucharistie ! Lorsqu’un village, un peuple, ou une nation tombe sous l’interdit, c’est « la fin du monde »! L’interdit sera prononcé au moins 80 fois ! En général, la pression est telle que les « insoumis » cèdent.
Aux 12e et 13e siècles, les papes sont les monarques absolus de l’Europe ! Faut-il voir dans ces pratiques l’origine du pouvoir étendu et de la déférence accordée aux papes des temps modernes par des chefs d’états ; même si ces derniers ne craignent plus l’interdit, la crainte du pape subsiste, car il se présente comme le représentant de Dieu sur la terre. Les papes légitiment leur pouvoir par des références bibliques comme Mat 6.10 ; Jér 1.10 ; ou 1 Tim 2.5.
Pour établir le Ciel sur la terre, les papes emploient à cette époque deux moyens :
- Les croisades : 7 croisades majeures contre l’islam au Proche-Orient. « DEUS VULT » (Dieu le veut !) est leur cri de ralliement. Ces expéditions ont lieu entre 1095 et 1291. Toutefois, l’islam finira par repousser les soldats de l’Eglise. Reconnaissons que l’Evangile n’a pas besoin ni de lieux « sacrés », ni de l’épée pour avancer. Les papes ont oublié la leçon des trois premiers siècles de notre ère dans ce domaine.
- La scolastique (voir ci-dessus) : elle motive la création des universités à partir de la fin du 12e siècle, et crée une soif d’apprendre de nouvelles connaissances.
L’opulence outrancière et l’arrogance spirituelle des papes des 12e et 13e siècles suscitent des revendications, de la part des masses populaires et même de certains ecclésiastiques, en faveur d’un retour à la simplicité et à la pauvreté de l’Eglise des premiers siècles. Des voix comme celles de l’abbé Arnold de Brescia, de Pierre Valdo de Lyon (ses descendants spirituels existent encore dans le Piémont et en Amérique), des Cathares (Albigeois) se font entendre. Rome emploie de gros moyens pour ramener tous ces « égarés » au bercail : prédication, croisades intérieures nationales, Inquisition (appelée pieusement « Saint Office » à partir de 1542, puis « Congrégation pour la doctrine de la foi » par le pape Paul VI après 1965. Ce changement de nom ne modifie en rien son caractère ni son but ! Tout est seulement devenu plus subtil). Les ordres mendiants - franciscains, dominicains, clarisses - créées au 13e siècle se transforment en armes efficaces pour contrer les accusations dirigées contre les richesses de la papauté et des ecclésiastiques.
En dépit de « l’invention » par Boniface VIII (1294-1303) de la vente des indulgences pour renflouer les coffres de la papauté, le pouvoir papal décline inexorablement. La tendance est renforcée par l’émergence des sentiments nationaux, et par la volonté d’autonomie des gouvernements fatigués des agissements peu louables des papes. Ce déclin ira de pair avec la sécularisation progressive de la société, et avec l’augmentation des connaissances dans tous les domaines.
Un nouveau type de civilisation se prépare. Durant les 14e et 15e siècles, une tension se fait sentir entre le monde médiéval mourant et un monde nouveau naissant. Cette tension est aggravée par la Guerre de Cent Ans (1337-1453), la Peste Noire (qui débute en 1347, vient d’Asie centrale, et tue en
Europe en quelques années de 25 à 50 % des populations selon les pays !), l’anarchie générale, le Grand Schisme papal (1395-1434, deux papes régnant au nom de St Pierre, l’un à Avignon en France, l’autre à Rome, chacun soutenu par l’un ou l’autre pays européen !). Cette fermentation favorise de nouvelles recherches intellectuelles et spirituelles. L’humanisme et la Renaissance préparent le terrain aux réformes demandées par Wyclif (professeur de théologie à l’université d’Oxford, 1378-1384), Jean Hus (professeur à l’université de Prague, 1391-1415), Savonarole (prieur dominicain italien, 1490-1498), ainsi que d’autres grands « pré-réformateurs ». Leur intégrité, leur conviction, leur courage sont des exemples. Ils devraient inspirer notre génération égarée qui ne perçoit plus la grandeur et la fidélité de Dieu parce qu’elle s’est coupée de ses racines bibliques.
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Contre-réforme ou renouveau catholique ?

à partir de 1545

Scott McCarty

Introduction

Les articles précédents de cette série considéraient les trois grands réformateurs protestants : Zwingli, Luther, et Calvin. Chacun d’eux avait sommé l’ église de Rome de renier ses erreurs et superstitions, tant dans leurs écrits que dans les débats oraux auxquels ils avaient été confrontés.
Pourquoi l’ église Catholique Romaine (ECR), après tant de siècles de pouvoir suprême, était-elle contestée ? Avait-elle vraiment besoin d’un renouveau spirituel ? La réponse diffère selon la tradition religieuse du commentateur. Par exemple, le pape Adrien VI, en 1522, en parlant de la Réforme allemande inspirée par Luther dit : « Nous reconnaissons que Dieu a permis cette persécution (sic) de l’ église à cause des péchés des hommes et particulièrement des prêtres et des prélats. » De son côté, le directeur du Séminaire Universitaire de Lyon, J. Colomb, dira en 1947 que Luther a créé une fausse réforme, en déchirant l’ église par des attaques contre le pape, « le plus grand malheur qui soit arrivé à la civilisation occidentale », selon lui.
Revenons en arrière et évaluons la réalité à la lumière de l’histoire. Au xiii e s., le pape domine sans conteste sur le clergé, les rois et les princes. Il contrôle la politique des états, et commande des expéditions militaires là où il le désire. L’ECR est le centre du monde occidental. Le xiv e s. va modifier la donne : - Les rois et princes recherchent leur indépendance de l’ECR. Celle-ci élit trois papes en même temps par trois conciles contradictoires, pour gérer leurs pays. - La guerre de Cent Ans et la peste ravagent l’Europe. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. - Le clergé s’intéresse à l’argent et oublie « le troupeau ». - L’art, les idées, la littérature de la Renaissance italienne glorifient l’Homme et la Nature, et paganisent toute la société. - L’évangile est oublié, voire nié. - L’ECR brille moins par sa sainteté que par ses richesses matérielles ; ses papes commandent de somptueux palais. - La papauté ne guide plus les peuples selon la Bible.
Le xve s. ne fait pas mieux, mais voit apparaître des individus et de petits groupes qui reconnaissent que l’ECR court à sa perte et nécessite une réforme en profondeur. La papauté s’intéresse moins à ses missions qu’à une vie de luxe, voire d’immoralité, à sa puissance politique (les états papaux), ou aux arts.
La question se pose : comment réformer la papauté pour pouvoir redresser toute l’ECR ? 1. Attaquer la papauté qui existe depuis le temps des apôtres (sic) pour refaire du neuf ? 2. Rester fidèle à l’ECR par une réforme de l’intérieur, parce que le pape est le successeur de Christ, de Pierre, et que les traditions sont bonnes, quoiqu’un peu souillées ? On ne tue pas un malade, on applique des régimes pour le guérir !
Cette dernière option motive Zwingli et Luther… en vain. C’est donc la première solution qui est appliquée sans concession (même si des négociations perdurent entre les « protestants » et l’ECR jusqu’en 1541). Les Réformateurs apportent suffisamment de preuves bibliques et historiques démontrant que l’ECR s’est détournée du chemin évangélique depuis des siècles : il faut revenir aux principes du Nouveau Testament !
La réponse de la papauté est curieuse, parce qu’inconsciente du danger. Les évêques et prélats sont absents de leurs charges. L’ECR ignore le profond mécontentement de la masse populaire. Ce n’est qu’à partir de 1519 que Léon X, puis Adrien VI (en 1522), prennent au sérieux la menace… mais trop tard. Les dés sont jetés en 1520 par la publication de La Captivité babylonienne de Luther. Pour Erasme, « la brèche est irréparable ! ». Adrien VI (1521-1523) tente de petites réformes, mais il est menacé d’assassinat et d’empoisonnement ! Paul III (1534-1549), lui, est une vraie énigme : il veut une réforme en purifiant la Curie, en s’entourant de conseillers à la bonne moralité (Contarini, Carafa, Pole, Sadolet), en transférant le contrôle de l’Inquisition de l’Espagne à Rome, et en créant le Concile de Trente, mais en même temps, il mène une vie des plus immorales, et promeut tous ses enfants illégitimes !

Des origines plus anciennes que la Réforme

La « Contre-Réforme catholique » démarre vraiment à partir 1545 pour s’achever en 1648. L’ECR préfère à cette expression les termes de « Réforme Catholique » ou de « Renouveau Catholique »… et elle n’a pas tout à fait tort ! Est-elle seulement une réaction à la rébellion protestante en Suisse, en Allemagne, et à Genève ? Non ! On est surpris d’apprendre que l’idée d’une réforme de l’ECR avait débuté au xv e s. dans la très catholique Espagne !
Quelques éléments de réforme et de réveil dans l’ECR précèdent la Réforme protestante. Ces deux Réformes s’opposent sur bien des points, mais offrent quelques similitudes : toutes deux s’appuient sur un passé en commun, elles conduisent à un réveil de la prédication biblique et populaire, elles favorisent un mysticisme pratique1.

En Espagne

Des personnalités comme le cardinal X. de Cisneros, F. de Vitoria ou la fervente reine Isabelle de Castille espéraient ardemment une réforme bien catholique en Espagne. Ils sont plusieurs à constater que l’ECR espagnole est tombée bien bas sur le plan spirituel. Un des sombres aspects de ce pieux désir se manifeste dans les pouvoirs accordés à Tomas de Torquemada vers 1478 pour établir l’Inquisition : tout Espagnol, sans exception, y compris juifs et musulmans, se doit d’entrer dans l’ECR, en se convertissant et en acceptant le baptême. Et gare aux hypocrites, le poteau leur est réservé ! En 1492, les juifs sont expulsés, et plus tard, c’est le tour des Maures.
Fait intéressant, le cardinal Ximénez de Cisneros publie entre 1514 et 1517 la Bible complutensienne polyglotte (d’après le nom latin de la ville, Complutum) : l’AT est en hébreu, en araméen, en latin (la Vulgate) et en grec ; le NT, lui, est en grec. Pourquoi une telle publication ? Tout simplement, parce qu’il veut favoriser un retour à l’étude de la Bible parmi les séminaristes de l’université d’Alcala. Cette université est fondée en 1500, et accueille ses premiers étudiants en 1508.
La réforme espagnole possède donc une base solide. Mais tout cela donne l’illusion que l’ECR retourne à la pureté de l’ère apostolique. Toute dissidence est fortement réprimée.
Une certaine piété médiévale, un mysticisme quiétiste et une scolastique rénovée sont le fer de lance d’une nouvelle force religieuse : un réveil de l’ascétisme et du monachisme. Le mysticisme ascétique minimise l’importance des sacrements et de la médiation sacerdotale. Certains théologiens remplacent la dialectique aride de la scolastique par un retour à l’étude assidue des Pères de l’ église, développant ainsi une nouvelle théologie dogmatique et morale.
Telle est, en résumé, la vie spirituelle en Espagne avant l’apparition de Luther.

En Italie

Contrairement à ce que l’on peut penser, il y a à l’époque des individus et des petits groupes qui espèrent, ici et là, une réforme de la part de la papauté. Par exemple, cinquante prélats et laïcs de convictions diverses se mettent solennellement ensemble dans « l’Oratoire de l’amour divin » en vue de maintenir le catholicisme traditionnel sous la direction de la papauté : ils espèrent faire revivre la spiritualité de l’âme individuelle par la prière, la prédication, l’écoute des sermons, l’emploi fréquent des sacrements et par les « actes d’amour ». Ils regrettent la détérioration progressive de la moralité, l’ignorance et la superstition des masses, le manque de sincérité d’une grande partie du clergé, le paganisme de la vie religieuse et culturelle, et la misère très répandue du peuple que la façade de la Renaissance ne peut plus cacher. Une querelle entre Clément VII (1525-1534) et Charles Quint s’achève par le sac de Rome pendant des semaines, perpétré par l’armée indisciplinée de l’empereur. Clément est emprisonné pendant six mois ! La repentance jaillit dans les cœurs de beaucoup à cause de ce « jugement de Dieu ». L’Oratoire se disperse. Parmi ce groupe, on trouve des évêques (Sadolet, Ghiberti, Carafa), qui décident de monter une campagne de réforme dans leurs diocèses : ils veulent former leur clergé pour que celui-ci assume ses responsabilités religieuses avec discipline, établir des écoles pour éduquer des jeunes, s’occuper des pauvres, lutter contre les maladies vénériennes, modifier et adapter la scolastique à la situation, maintenir l’orthodoxie théologique de l’ECR par l’étude de la Bible ! Sadolet essaie même d’évangéliserGenève à l’époque de Calvin pour la faire revenir au bercail. Tous avaient pleinement conscience qu’une vraie et durable réforme dépendait surtout du nettoyage de la papauté, rien de moins.

Un nouveau monachisme

De nouveaux ordres sont fondés sur des initiatives individuelles entre 1524 et 1540 pour répondre à des besoins religieux et sociaux criants, sous le règne de Paul III (1534-1549). Ces ordres ne seront pas des systèmes clos : leurs activités et leur influence vont largement dépasser le cadre leurs membres. - Les Théatins (1524) sont des aristocrates qui se consacrent à une vie rude, pauvre et ascétique, pour montrer l’exemple au clergé séculaire par leur prédication, par l’administration des sacrements, par la création d’orphelinats et d’hôpitaux, et en délivrant des prostituées. - Les Barnabites (1530), aristocrates eux aussi, instruisent la jeunesse et exportent leur réforme personnelle en Allemagne, en Bohème, en France. - Les Capucins (1525), de couche populaire, sont les rejetons d’une branche des Franciscains observants ; ils savent s’identifier aux pauvres en prêchant dans leur langage et en s’occupant des malades et des miséreux. - Les Ursulines (1535) se dévouent à l’éducation des filles sans faire de distinction. - La Société de Jésus, c.-à-d. les Jésuites, est fondée par Ignace de Loyola avec six amis en 1534 à Paris, mais reconnue par Paul III en 1540 seulement. Elle s’occupe des pauvres et des prostituées, établit des maisons pour des ouvriers et des pauvres. Sa réputation est acquise par une éducation stricte et de qualité auprès des jeunes, par sa capacité à faire revenir les couches populaires à l’ECR, et par sa promotion d’une ardeur religieuse personnelle en employant la confession et les « exercices » spirituels.

Le temps des grandes manœuvres

Peu à peu, l’esprit du renouveau pénètre au sein la Curie romaine, y compris sous Clément VII ; mais c’est à Paul III (1534-1549) qu’il revient de lancer une réforme : il convoque enfin un concile digne de ce nom, sous la pression de Charles Quint ; l’empereur veut briser le mouvement protestant, qui perturbe l’unité religieuse et politique de l’Empire. La stabilité de ce dernier dépend d’une ECR unie et puissante. Le pape veut déterminer clairement de quelle réforme a besoin l’ECR avant de se lancer dans cette vaste entreprise. Il crée une commission de neuf cardinaux droits et compétents pour enquêter sur la situation. Les constats effraient Paul III au point qu’il ne les publiera jamais ! Les voici : la papauté est sécularisée, elle croit que son pouvoir est si absolu (déjà une ombre de 18702 !) qu’elle peut vendre des offices pour son seul profit ; la défection des fidèles vient principalement de la vénalité des personnes haut placées ; l’absentéisme des cardinaux de leurs diocèses, les anciens ordres monastiques trop laxistes, la vente scandaleuse des indulgences, le soutien actif à la prostitution à Rome, l’influence païenne dans les écoles, etc.
Pour comble, les protestants ont pu se procurer une copie du document, et l’ont utilisé contre l’ECR ! Paul III a toutefois consenti à purger quelque peu la Curie, et même la ville. Les pays catholiques ont bien apprécié ce début de nettoyage. Après maints obstacles et péripéties, le pape a pu réunir le Concile de Trente en 15453. Paul III fixe au Concile trois objectifs : triompher de la division religieuse des protestants ; réformer l’ECR ; libérer les chrétiens du joug turc. Paul III s’octroie le contrôle de l’Inquisition en fixant à Rome le centre de décision.
à partir de Paul III, tous les papes se concentrent sur l’application des décisions de Trente : - Pie IV (1559-1565) propose l’idée de l’Index, cette liste de livres que tout bon chrétien ne doit pas avoir entre les mains. - Pie IV, encore, crée le fameux Catéchisme romain et révise le Bréviaire. Celui-ci est un livre de prières et de lectures à l’usage quotidien du clergé, puis des laïcs à partir de 1971. Il prépare aussi le Missel romain ; c’est un livre de prières et de descriptions des actes liturgiques s’appliquant à la messe pour tous les jours de l’année. Paul VI, cependant, en fera une refonte en 1970, même si le Missel des dimanches est aujourd’hui le plus populaire. - Pie V (1566-1572) laisse de côté la politique, réforme le clergé, envoie des troupes en France contre les huguenots, aide les catholiques anglais qui essayent de chasser la reine Elisabeth I, félicite le duc espagnol d’Alba pour ses massacres des calvinistes aux Pays-Bas, chasse l’immoralité et la corruption, et supprime l’hérésie protestante à Rome par des autodafés4. - Grégoire XIII (1572-1585) réforme l’ancien calendrier de la Rome antique. C’est ainsi que nous utilisons « le calendrier grégorien » plutôt que celui de Jules César (utilisé encore par les grecs et russes orthodoxes). Le nouveau calendrier n’a qu’un jour de plus toutes les 3,323 années. Ce pape soutient sans mesure les Jésuites, il crée des universités romaine, allemande, grecque, et anglaise à Rome et aussi des instituts pontificaux pour former des prêtres dans divers pays. Il se réjouit en célébrant un Te Deum aux nouvelles du massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572 à Paris, qui a décapité le parti protestant français. Il encourage des révoltes en Irlande contre les protestants, soutient Philippe II d’Espagne et les Guises en France, contre les protestants. - Sixte V (1585-1590) réforme efficacement les états pontificaux (en Italie du centre), encourage et finance des croisades contre la Turquie, l’Angleterre, Genève, des protestants de Pologne et de Suède. Il pousse le protestant Henri IV à devenir catholique. - Clément VIII (1592-1605) accomplit des réformes liturgiques, publie une révision érudite de la Vulgate.
Tels sont, en résumé, les actes de quelques-uns des douze papes du xvi e s. qui se sont engagés avec énergie pour réformer l’ECR. Rome considère qu’elle a réussi à préserver l’essentiel de l’organisation, les doctrines et l’esprit des traditions médiévales de la papauté. Toutefois, quant au fond, rien n’est changé.
à la fin du xvi e s l’autorité du pape est fermement rétablie. Il a corrigé les pires abus publics en recrutant de puissantes forces religieuses et culturelles en divers pays pour le bienfait de l’ECR. Il contrôle mieux son administration et la vie spirituelle des peuples.

Pourquoi la Réforme protestante ne perce pas en Italie

Il est impératif pour les protestants que la Réforme triomphe en Italie. Or, ce n’est pas le cas. La désunion politique italienne donne à Charles Quint un motif pour se présenter comme seul défenseur valable de l’ECR, à laquelle il tenait de tout cœur. L’ECR avait une grande et très belle capitale, ce qui, pour les catholiques, prouvait que Dieu avait béni son « église ». En effet, qu’avaient les protestants de semblable ?! L’Oratoire, créé en 1517, dont le membre le plus important est le cardinal Carafa — qui deviendra plus tard le pape Paul IV — répand son influence au-delà du petit nombre de ses membres déterminés. Paul III fait des meilleurs de l’Oratoire ses conseillers personnels les plus proches, avec succès. Les Capucins, les Ursulines, les Jésuites, se montrent infaillibles dans l’énergie qu’ils mettent pour éduquer garçons et filles, pour sauver les âmes, pour vivre parmi les pauvres une vie exemplaire sur tous les plans. Tout cela contribue à modifier en bien l’image que les Italiens se font de leur église. On veut alors la protéger des idées et des efforts extérieurs pour détruire cette institution qui date de Christ et des apôtres (sic). Ajoutez le fait que les protestants, surtout les chefs, dans le triangle Suisse-Allemagne-France se bagarrent entre eux sur des points de doctrine mineurs, voire s’entretuent (les calvinistes tuent les anabaptistes adultes à cause de la question du baptême des enfants)… Quelle mauvaise publicité ! Les quelques protestants d’Italie ne possèdent aucun grand leader pour les diriger, et surtout ils n’ont pas de force politico-militaire pour les protéger. Résultat : l’ECR reste unie, les anti-papistes sont inconséquents.

La marche de l’Histoire

Ces deux réformes produisirent en Europe un tel creuset de forces et de mouvements opposés, d’idées contradictoires, de guerres meurtrières, de manœuvres et d’alliances politiques complexes, qu’il est impossible de tout relater dans cet article. Il est facile de nos jours de discerner les vérités et les erreurs de tel ou tel acteur de l’histoire, mais il faut bien comprendre que tout arrivait très vite, dans un monde à l’évolution exponentielle sur le plan économique, géographique (découverte du Nouveau Monde), technologique (toujours de nouvelles inventions) ; les échanges d’informations se démultiplièrent aussi grâce à l’imprimerie… Il fallait réagir très vite aux influences extérieures, avant de se faire dépasser par les événements.
Les réformateurs protestants, en tant que pionniers, entamaient leur tâche avec un énorme handicap, souvent seuls, tandis que l’ECR pouvait s’appuyer sur une organisation, une longue histoire et la motivation bien ancrée de sauver le navire. Les catholiques se croyaient sincèrement intègres, tous leurs opposants venant du diable. Ils étaient prêts à tous les sacrifices pour protéger leur « maison » de ces quelques destructeurs. Sur ce point, il est certain que nous, évangéliques, avons des leçons pratiques de détermination et d’engagement à apprendre. Nous vivons en paix actuellement, mais l’ECR — derrière une façade de gentillesse et d’œcuménisme universel — n’a pas modifié sa vision, ni ses buts à atteindre pour régner sur le monde au nom de Christ et de Marie.

Les conséquences internes de la contre-réforme

Finalement, à quoi aboutit la forte réaction réformatrice de l’ECR au protestantisme ? - Des ruines de l’ECR médiévale ont fleuri une nouvelle piété spirituelle, bien catholique, et une orthodoxie mieux définie, quoique rigide et contraire aux normes bibliques. - Certains catholiques ont mieux saisi pourquoi ils étaient catholiques par rapport aux protestants, même si l’ECR retient des croyances et des pratiques très souvent anti-bibliques, superstitieuses et médiévales. Tout est devenu cohérent, organisé, et logique pour eux, car ils comprennent pourquoi ils croient ceci ou cela. - L’expansion missionnaire extraordinaire du catholicisme outre-mer dans les deux Amériques, en Afrique, aux Indes, au Japon, au Sri-Lanka a rencontré des succès fulgurants, le but étant de compenser la perte de larges régions en Europe. L’ECR, ainsi rajeunie, voyait le moyen de retrouver fortune et d’augmenter le nombre de ses membres lui permettant d’influencer la politique et le commerce des pays nouvellement conquis. - La nouvelle ECR a pu empêcher l’Allemagne et la France de devenir protestants d’une manière écrasante comme en Angleterre, en Ecosse et en Suède. Le renouveau catholique aidait l’Espagne et l’Italie à préserver leurs spécificités religieuse et culturelle.

Conclusion

En tant que protestants évangéliques, les succès de la Contre-Réforme nous attristent, car la proclamation néotestamentaire du salut par la grâce sans les œuvres en a été largement ralentie, voire arrêtée. Le monde évangélique fait face à un « concurrent » exceptionnel qu’il ne peut se permettre de sous-estimer. L’ECR de Benoît XVI peut nous paraître un gentil géant inoffensif. Détrompons-nous, c’est le même colosse qu’autrefois. J’ai entendu le pape actuel, encore Cardinal Ratzinger à l’époque, dire à la télévision française au printemps 2003 que l’Inquisition avait été remplacée par la Congrégation du Saint Office (en 1908), puis par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (lors de Vatican II, en 1965), mais que l’esprit était resté le même ! Au xvi e s, l’ECR a changé de visage par rapport au Moyen Âge ; mais a-t-elle vraiment changé intérieurement aujourd’hui ?
1 Luther et Ignace de Loyola sont tous deux très touchés par l’Imitation de Jésus-Christ, publiée en 1418 et attribuée à Thomas a Kempis ; 3 000 livres de mystique sont imprimés au xvi e s. en Espagne. 2 En 1870 fut proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale. 3 Un article futur lui sera consacré, car l’ECR du xxi e s. n’est que le prolongement de ce concile, et Vatican II n’a rien changé de très fondamental aux décisions de Trente ! 4 Un autodafé était une cérémonie au cours de laquelle les hérétiques condamnés au supplice du feu par l’Inquisition étaient conviés à faire acte de foi pour mériter leur rachat dans l’autre monde.
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HISTOIRE DE L’EGLISE

LE CONTEXTE DE LA REFORME (7)

Période de 1517-1648

Scott McCARTY

I. INTRODUCTION

Le terme de « Réforme » est utilisé par les historiens dès 1640.
Il décrit une courte période explosive qui va fortement secouer l’Eglise de Rome et l’Europe politique, économique, sociale et culturelle. Lancée dans les eaux occidentales déjà en ébullition, la vérité du message évangélique ne cessera de faire des vagues, jusqu’à nos jours !
La Réforme fait éclater les concepts connus et reçus jusqu’alors. A tel point qu’on peut affirmer que le monde moderne commence au 16ème siècle en Europe, à l’exception peut-être de l’Italie. Sans cette « bombe », l’occident serait sûrement encore plongé dans les ténèbres de l’ignorance, de la superstition, de l’erreur, de l’esclavage spirituel et intellectuel. En réalité, ce serait une erreur de réduire la Réforme à un seul mouvement religieux, car la société tout entière en est révolutionnée.
Un tel bouleversement s’est fait dans un cadre historique particulier, sur lequel il convient de porter un regard lucide. Une attitude critique, qui n’implique pas forcément la condamnation, s’impose donc sur l’Europe du début du 16ème siècle. Loin de nous la volonté de ranimer quelque guerre de religion.
D’un point de vue catholique romain, la Réforme, fautrice de trouble, de division, et de violence, fut longtemps coupable de tous les maux de l’Europe à partir de 1517 ! Mais l’Encyclopédie catholique pour tous (parue en 1989, totalisant 1327 pages, écrite par et pour des catholiques, et agréée par le Vatican) reconnaît sans détour que la Réforme protestante a eu pour causes profondes les erreurs, les maladresses, et la dépravation de la papauté, ainsi que les abus ecclésiastiques de toutes sortes, l’ignorance et l’aveuglement (p. 390) ! Forts de cette véritable confession publique, nous pouvons relater l’histoire de cette ère sans être accusés d’arbitraire.
L’histoire ne ment pas, mais la tordre est très facile. Par conséquent, cet article tentera de rester sur les rails de l’histoire attestée par les historiens les plus érudits. Nous sommes conscients toutefois que l’histoire est une épée à deux tranchants : nous y reviendrons dans notre prochain article.

II. LA NECESSITE DE LA REFORME

Dominée par l’Eglise de Rome, chaque sphère de la société européenne participa involontairement à l’aplanissement du chemin rocailleux à travers ce chambardement général.
D’abord, la démographie.
La France, délimitée par la Somme au nord, la Meuse et la Saône à l’est, et Lyon, alors ville frontière, au sud, n’abrite curieusement que 15 millions de personnes. C’est le pays le plus riche et le plus organisé d’Europe. L’Angleterre, sans l’Ecosse et l’Irlande, ne recense que 3 millions et demi d’habitants ! L’Espagne en compte 6 à 7 millions. Le Portugal, 1 million. L’Italie est formée de 7 Etats principaux. Le Saint Empire romain germanique, de la Mer du Nord à l’Adriatique et à la Mer méditerranée, compte plusieurs Etats laïcs ou ecclésiastiques, et beaucoup de petites républiques — des villes libres en fait. Les dix cantons de la Confédération Suisse sont relativement indépendants, quoique toujours menacés par les Habsbourg. Les 3 pays scandinaves forment une Union déterminée par la géographie. La Pologne, la Hongrie et le grand-duché de Moscovie contrôlent d’immenses territoires à l’est.
L’Europe, un « ensemble » de composants très disparates, est plus ou moins bien « tenue en laisse » par l’Eglise de Rome. L’Europe est en pleine éclosion économique : la découverte du Nouveau monde avec ses richesses, le commerce avec l’Orient et ses nouveaux produits, des inventions pour exploiter les mines, le textile, les minéraux… Bref, le continent est en train de passer d’une économie agraire à une économie monétaire.
Les artisans, l’aristocratie, les commerçants, les banquiers s’enrichissent, mais la paysannerie est écartée des bénéfices du progrès (le monde du 21ème siècle a-t-il changé?). Cette dernière perd ses acquis du fait de l’inflation, des bas prix payés à la ferme, des monopoles, des restrictions absurdes. Tous n’attendent, sans le savoir, qu’une étincelle pour renverser l’ordre économique et social en place. La situation est aggravée par le fait que les décideurs économiques sont souvent des ecclésiastiques avides de gains : un cinquième de la terre d’Allemagne et un tiers de celle d’Angleterre sont détenus par l’Eglise de Rome (qui a depuis longtemps oublié l’exemple de son chef officiel, cf. Mat 8.20) !
La vie intellectuelle est en effervescence. On acquiert de nouvelles connaissances, apportées par les érudits byzantins grecs qui ont échappé à la conquête musulmane. Les influences multiples de la Renaissance et de l’invention de l’imprimerie en Allemagne (1455) amplifient l’agitation. En l’an 1500, quelque 1000 imprimeurs ont déjà publié 9 millions de livres ! Voici quelques-uns des facteurs qui façonnent la vie intellectuelle du 15ème siècle :
1. Le triomphe de la philosophie du nominalisme qui prône la connaissance intuitive, empirique et individualiste en lieu et place de l’approche scolastique (la raison et le potentiel de l’homme volent au secours de la foi pour l’aider à découvrir la vérité !). 2. La Renaissance, dont l’expression la plus habile est certainement l’humanisme. Ce mouvement vise l’épanouissement individuel en exaltant la dignité de l’esprit humain par la culture littéraire ou scientifique. Le libre arbitre donne le droit de tout examiner, indépendamment des proclamations ecclésiales. L’homme ne doit pas mépriser ses sentiments, et peut se consacrer à dominer et à améliorer son environnement. Erasme (1466-1536), considéré comme le grand érudit de son époque, résume le projet humaniste : « …régénérer l’homme en purifiant la religion et en baptisant la culture ». Le tout, bien sûr, par l’effort humain prioritairement, Dieu restant très accessoire (le 21ème siècle est pétri de cet humanisme dont bien des évangéliques sont infectés !). 3. Certaines théories conciliaires (décisions, canons des conciles), émanations du raisonnement humain, remettent en cause l’autorité papale, et poussent logiquement les hommes vers la démocratie et l’indépendance par rapport à l’opinion tyrannique du « Saint-Siège ».
La conception optimiste des humanistes en la capacité humaine de régler tout problème d’une manière intelligente et paisible ne parvient pas à calmer l’agitation et l’anxiété dominant la vie du 15ème siècle :
1. Les moines refusent souvent d’obéir à leurs évêques. 2. Les ordres religieux se jalousent les uns les autres. 3. Un grand nombre d’ecclésiastiques « oublient » leur mission spirituelle et locale : loin de leur diocèse, ils vivent à la cour papale, vont à la guerre1, sont ambassadeurs, cumulent parfois plusieurs évêchés à la fois. Sixte IV (1471-1484) et Alexandre VI (1485-1492) ne pensent qu’à enrichir leurs familles, leurs propres enfants et neveux ! 4. Certains prêtres vivent en concubinage, possèdent des bordels, boivent excessivement, ne connaissent pas le latin. La médiocrité domine. 5. Le clergé, exempté de toute punition pour ses incartades par des tribunaux nationaux, ne paie pas d’impôts aux trésoriers. 6. Toutes les fonctions ecclésiastiques se vendent et s’achètent, les meilleures aux plus offrants ! 7. L’intérêt pour la piété croît. Des œuvres y encouragent : vies des saints, Imitation de Jésus-Christ, Art de Bien Mourir, extraits bibliques) ; tableaux peints ou littéraires décrivant l’enfer et le purgatoire ; sculptures des cathédrales, où d’affreuses gargouilles côtoient les statues des saints. Généralement, la masse populaire est épouvantée par l’idée de la mort et de la fin du monde : « Qui peut être sûr de son salut ? ». 8. Odieuses promesses d’échapper au purgatoire, les indulgences garantissent la rémission de la culpabilité et de la punition des péchés. Leur vente massive déclenchera la crise spirituelle d’un certain moine provincial, Martin Luther, et allumera la protestation réformée. Quelques exemples représentatifs de la comptabilité des marchands d’indulgences : - Contempler la relique du crâne d’un des douze Apôtres vaut 14 000 jours de pardon. - Adorer Marie en la priant raccourcit le purgatoire de 11 000 années. - Trois prières à Ste Anne valent 1.000 années de rémission pour des péchés mortels et 20.000 pour des véniels. - On peut acheter des indulgences en vue de péchés futurs ! En marge, on peut se demander comment des ecclésiastiques peuvent prévoir des dispenses de purgatoire, alors qu’un tel endroit n’est jamais évoqué dans la Bible ! Malgré tout, lors du Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II ne s’est pas privé d’offrir des « indulgences plénières » ! N’aurait-t-il jamais lu 1 Tim 6.6-11 ?
Vers la fin du 15ème siècle, d’honnêtes gens de tous horizons sociaux et religieux réclament de manière instante une répression des abus dans l’Eglise. Il faut dire que les papes, des princes italiens, ne se passionnent pas spécialement pour la religion. Ils se cultivent ! 1512 donne pourtant une chance au nettoyage tant espéré : Jules II convoque le Vème Concile œcuménique de Latran à Rome. Hélas ! La question des abus n’est pas même abordée. On reconstruit la basilique Saint-Pierre. Pour financer Bramante, Michel-Ange, et Raphaël, le pape encourage la vente des indulgences. Son successeur Léon X (1513-1521) reste accaparé par ce grand « souci ». Il mettra fin au Concile en 1517 sans avoir songé à réformer quoi que ce soit ! Quelques mois plus tard, Luther affiche publiquement ses 95 Thèses contre les indulgences. Le point de non-retour est atteint. Le monde ne sera plus jamais le même !
Avant d’aborder la Réforme proprement dite, il est nécessaire de se demander : « Comment l’interpréter ? ». Nécessaire, car l’histoire procède d’un creuset de facteurs complexes et panachés. Son interprétation varie selon nos préjugés nationaux ou confessionnels, selon notre formation scientifique ou littéraire. Bien des évangéliques ne connaissent pas les avis fort divers qui s’expriment sur cette période. En voici quelques-uns :
1. Les historiens catholiques en majorité ont longtemps qualifié la Réforme d’hérésie inventée par un Luther taré, apostat, obsédé sexuel. Vatican II a modéré la critique, mais Luther demeure schismatique, et les protestants actuels sont « des frères séparés » ! 2. Les rationalistes (18ème siècle), dont Montesquieu, Voltaire, Hume, donnent à la géographie un rôle prépondérant : ils opposent le Nord de l’Europe plutôt indépendant à un Sud soumis à l’autorité écrasante de la papauté. On met en avant la concurrence entre Luther, moine augustinien, et Tetzel, moine dominicain, en suggérant que chacun cherchait à tirer un profit maximum de la vente des indulgences. 3. Toujours sous l’influence des « Lumières » de la libre pensée, le Romantisme du 19ème siècle conçoit la Réforme comme une sorte de Révolution française dans le domaine de la liberté de pensée, comme un combat contre la tyrannie intellectuelle. 4. Les interprétations économiques et évolutionnistes, après 1859, multiples et bigarrées (Marx, Tolstoï, Nietzsche), interprètent la Réforme comme la rébellion contre la cupidité de la papauté. La masse populaire a compris son droit de posséder des biens matériels au même titre que les classes aisées ; l’évolution de l’espèce humaine de cette époque la pousse à lutter pour une vie plus équitable. 5. L’interprétation chrétienne évangélique, représentée par l’historien suisse Merle d’Aubigné († 1872), met en évidence le caractère essentiellement religieux de la révolte des catholiques fidèles pour restaurer la pureté perdue de l’Eglise primitive. Martin Luther est choisi par le Seigneur Jésus-Christ, Tête de l’Eglise, pour leur rappeler que seul Jésus-Christ peut pardonner, sauver, donner la vie éternelle, sans œuvres méritoires, et cela sur la seule base de Sa grâce acceptée par une foi sincère. Le véritable converti en Christ reconnaît que, dans sa souveraineté, Dieu a voulu la révolution spirituelle qui a permis la restauration de ce message libérateur.

III. CONCLUSION

L’histoire est moins une accumulation linéaire d’événements qu’une conjoncture de circonstances denses, chacune ayant ses propres caractéristiques et conséquences. Personne ne peut repérer dès le commencement chaque force vive du changement ni en prévoir le terme. Seul le recul, une fois la « poussière » retombée, conduit à une analyse plus ou moins objective du « qui a fait quoi et pourquoi ».
Honnêtement, admettons que les cinq interprétations ci-dessus apportent chacune leur éclairage pour comprendre la préparation du travail des réformateurs en vue de purifier le catholicisme et d’améliorer le sort de leurs contemporains. La Réforme, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’est pas arrivée « comme ça ». Le monde du 15ème siècle et du début du 16ème siècle était agité, incertain, confus, apeuré, impatient d’une espérance solide en une vie meilleure. Qui allait la leur apporter ?
Un Evangile prêché dans l’amour, la conviction, la grâce, la clarté, et la puissance de Dieu, ancré dans le Nouveau Testament, voilà le détonateur qui a fait exploser l’ordre établi dans tous les secteurs de la société européenne, et le message qui a servi de guide pour diriger l’Europe entière vers des horizons nouveaux. L’esprit des hommes a été libéré par l’assurance du salut, par l’espoir de quelque chose de nouveau. Beaucoup d’hommes ont été délivrés de leur foi en eux-mêmes (humanisme laïque). Loin d’être programmé, le mouvement de la Réforme fut une vague de fond soulevée par l’Esprit de Dieu, qui a utilisé les instruments de son choix pour … « soli Deo gloria » !
Ainsi s’achève notre aperçu de l’arrière-plan, court mais nécessaire pour comprendre les raisons de cet événement extraordinaire. Dieu est souverain sur l’histoire. Il s’intéresse à tous les êtres humains, car Il veut leur bien-être. C’est notre conviction que la Réforme est venue de Dieu pour transformer le monde d’alors (cf. Rom 2.4), en commençant par la libération spirituelle des individus. L’Evangile prêché et vécu produit toujours des effets à tous les échelons de la société. Notre pauvre monde, même évangélique, a besoin d’une autre Réforme dont les acteurs doivent être des hommes du LIVRE, intrépides, intègres, irréprochables, des hommes de prière, agissant en saison et hors saison comme des témoins véritablement inspirés par le Saint-Esprit, assidus, intelligents, et sans compromis !
Les prochains articles tenteront de faire revivre les trois plus grands acteurs du début de la Réforme, de préciser leurs convictions bibliques. Ultérieurement, nous décrirons les quatre types majeurs de foi évangélique issus de la Réforme et existant au 21ème siècle. Nous serons aussi obligés de mentionner quelques-unes des erreurs commises au nom de Dieu !
1Le cas du pape Jules II (1503-1513) fut notoire : il montait à l’assaut des villes ennemies casqué et cuirassé !





 

Histoire de l'église

Contre-réforme ou renouveau catholique ?

à partir de 1545 : De 1648 à 1789

Scott McCarty

Introduction

Les articles précédents de cette série considéraient les trois grands réformateurs protestants : Zwingli, Luther, et Calvin. Chacun d’eux avait sommé l’ église de Rome de renier ses erreurs et superstitions, tant dans leurs écrits que dans les débats oraux auxquels ils avaient été confrontés.
Pourquoi l’ église Catholique Romaine (ECR), après tant de siècles de pouvoir suprême, était-elle contestée ? Avait-elle vraiment besoin d’un renouveau spirituel ? La réponse diffère selon la tradition religieuse du commentateur. Par exemple, le pape Adrien VI, en 1522, en parlant de la Réforme allemande inspirée par Luther dit : « Nous reconnaissons que Dieu a permis cette persécution (sic) de l’ église à cause des péchés des hommes et particulièrement des prêtres et des prélats. » De son côté, le directeur du Séminaire Universitaire de Lyon, J. Colomb, dira en 1947 que Luther a créé une fausse réforme, en déchirant l’ église par des attaques contre le pape, « le plus grand malheur qui soit arrivé à la civilisation occidentale », selon lui.
Revenons en arrière et évaluons la réalité à la lumière de l’histoire. Au xiii e s., le pape domine sans conteste sur le clergé, les rois et les princes. Il contrôle la politique des états, et commande des expéditions militaires là où il le désire. L’ECR est le centre du monde occidental. Le xiv e s. va modifier la donne : - Les rois et princes recherchent leur indépendance de l’ECR. Celle-ci élit trois papes en même temps par trois conciles contradictoires, pour gérer leurs pays. - La guerre de Cent Ans et la peste ravagent l’Europe. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. - Le clergé s’intéresse à l’argent et oublie « le troupeau ». - L’art, les idées, la littérature de la Renaissance italienne glorifient l’Homme et la Nature, et paganisent toute la société. - L’évangile est oublié, voire nié. - L’ECR brille moins par sa sainteté que par ses richesses matérielles ; ses papes commandent de somptueux palais. - La papauté ne guide plus les peuples selon la Bible.
Le xve s. ne fait pas mieux, mais voit apparaître des individus et de petits groupes qui reconnaissent que l’ECR court à sa perte et nécessite une réforme en profondeur. La papauté s’intéresse moins à ses missions qu’à une vie de luxe, voire d’immoralité, à sa puissance politique (les états papaux), ou aux arts.
La question se pose : comment réformer la papauté pour pouvoir redresser toute l’ECR ? 1. Attaquer la papauté qui existe depuis le temps des apôtres (sic) pour refaire du neuf ? 2. Rester fidèle à l’ECR par une réforme de l’intérieur, parce que le pape est le successeur de Christ, de Pierre, et que les traditions sont bonnes, quoiqu’un peu souillées ? On ne tue pas un malade, on applique des régimes pour le guérir !
Cette dernière option motive Zwingli et Luther… en vain. C’est donc la première solution qui est appliquée sans concession (même si des négociations perdurent entre les « protestants » et l’ECR jusqu’en 1541). Les Réformateurs apportent suffisamment de preuves bibliques et historiques démontrant que l’ECR s’est détournée du chemin évangélique depuis des siècles : il faut revenir aux principes du Nouveau Testament !
La réponse de la papauté est curieuse, parce qu’inconsciente du danger. Les évêques et prélats sont absents de leurs charges. L’ECR ignore le profond mécontentement de la masse populaire. Ce n’est qu’à partir de 1519 que Léon X, puis Adrien VI (en 1522), prennent au sérieux la menace… mais trop tard. Les dés sont jetés en 1520 par la publication de La Captivité babylonienne de Luther. Pour Erasme, « la brèche est irréparable ! ». Adrien VI (1521-1523) tente de petites réformes, mais il est menacé d’assassinat et d’empoisonnement ! Paul III (1534-1549), lui, est une vraie énigme : il veut une réforme en purifiant la Curie, en s’entourant de conseillers à la bonne moralité (Contarini, Carafa, Pole, Sadolet), en transférant le contrôle de l’Inquisition de l’Espagne à Rome, et en créant le Concile de Trente, mais en même temps, il mène une vie des plus immorales, et promeut tous ses enfants illégitimes !

Des origines plus anciennes que la Réforme

La « Contre-Réforme catholique » démarre vraiment à partir 1545 pour s’achever en 1648. L’ECR préfère à cette expression les termes de « Réforme Catholique » ou de « Renouveau Catholique »… et elle n’a pas tout à fait tort ! Est-elle seulement une réaction à la rébellion protestante en Suisse, en Allemagne, et à Genève ? Non ! On est surpris d’apprendre que l’idée d’une réforme de l’ECR avait débuté au xv e s. dans la très catholique Espagne !
Quelques éléments de réforme et de réveil dans l’ECR précèdent la Réforme protestante. Ces deux Réformes s’opposent sur bien des points, mais offrent quelques similitudes : toutes deux s’appuient sur un passé en commun, elles conduisent à un réveil de la prédication biblique et populaire, elles favorisent un mysticisme pratique1.

En Espagne

Des personnalités comme le cardinal X. de Cisneros, F. de Vitoria ou la fervente reine Isabelle de Castille espéraient ardemment une réforme bien catholique en Espagne. Ils sont plusieurs à constater que l’ECR espagnole est tombée bien bas sur le plan spirituel. Un des sombres aspects de ce pieux désir se manifeste dans les pouvoirs accordés à Tomas de Torquemada vers 1478 pour établir l’Inquisition : tout Espagnol, sans exception, y compris juifs et musulmans, se doit d’entrer dans l’ECR, en se convertissant et en acceptant le baptême. Et gare aux hypocrites, le poteau leur est réservé ! En 1492, les juifs sont expulsés, et plus tard, c’est le tour des Maures.
Fait intéressant, le cardinal Ximénez de Cisneros publie entre 1514 et 1517 la Bible complutensienne polyglotte (d’après le nom latin de la ville, Complutum) : l’AT est en hébreu, en araméen, en latin (la Vulgate) et en grec ; le NT, lui, est en grec. Pourquoi une telle publication ? Tout simplement, parce qu’il veut favoriser un retour à l’étude de la Bible parmi les séminaristes de l’université d’Alcala. Cette université est fondée en 1500, et accueille ses premiers étudiants en 1508.
La réforme espagnole possède donc une base solide. Mais tout cela donne l’illusion que l’ECR retourne à la pureté de l’ère apostolique. Toute dissidence est fortement réprimée.
Une certaine piété médiévale, un mysticisme quiétiste et une scolastique rénovée sont le fer de lance d’une nouvelle force religieuse : un réveil de l’ascétisme et du monachisme. Le mysticisme ascétique minimise l’importance des sacrements et de la médiation sacerdotale. Certains théologiens remplacent la dialectique aride de la scolastique par un retour à l’étude assidue des Pères de l’ église, développant ainsi une nouvelle théologie dogmatique et morale.
Telle est, en résumé, la vie spirituelle en Espagne avant l’apparition de Luther.

En Italie

Contrairement à ce que l’on peut penser, il y a à l’époque des individus et des petits groupes qui espèrent, ici et là, une réforme de la part de la papauté. Par exemple, cinquante prélats et laïcs de convictions diverses se mettent solennellement ensemble dans « l’Oratoire de l’amour divin » en vue de maintenir le catholicisme traditionnel sous la direction de la papauté : ils espèrent faire revivre la spiritualité de l’âme individuelle par la prière, la prédication, l’écoute des sermons, l’emploi fréquent des sacrements et par les « actes d’amour ». Ils regrettent la détérioration progressive de la moralité, l’ignorance et la superstition des masses, le manque de sincérité d’une grande partie du clergé, le paganisme de la vie religieuse et culturelle, et la misère très répandue du peuple que la façade de la Renaissance ne peut plus cacher. Une querelle entre Clément VII (1525-1534) et Charles Quint s’achève par le sac de Rome pendant des semaines, perpétré par l’armée indisciplinée de l’empereur. Clément est emprisonné pendant six mois ! La repentance jaillit dans les cœurs de beaucoup à cause de ce « jugement de Dieu ». L’Oratoire se disperse. Parmi ce groupe, on trouve des évêques (Sadolet, Ghiberti, Carafa), qui décident de monter une campagne de réforme dans leurs diocèses : ils veulent former leur clergé pour que celui-ci assume ses responsabilités religieuses avec discipline, établir des écoles pour éduquer des jeunes, s’occuper des pauvres, lutter contre les maladies vénériennes, modifier et adapter la scolastique à la situation, maintenir l’orthodoxie théologique de l’ECR par l’étude de la Bible ! Sadolet essaie même d’évangéliserGenève à l’époque de Calvin pour la faire revenir au bercail. Tous avaient pleinement conscience qu’une vraie et durable réforme dépendait surtout du nettoyage de la papauté, rien de moins.

Un nouveau monachisme

De nouveaux ordres sont fondés sur des initiatives individuelles entre 1524 et 1540 pour répondre à des besoins religieux et sociaux criants, sous le règne de Paul III (1534-1549). Ces ordres ne seront pas des systèmes clos : leurs activités et leur influence vont largement dépasser le cadre leurs membres. - Les Théatins (1524) sont des aristocrates qui se consacrent à une vie rude, pauvre et ascétique, pour montrer l’exemple au clergé séculaire par leur prédication, par l’administration des sacrements, par la création d’orphelinats et d’hôpitaux, et en délivrant des prostituées. - Les Barnabites (1530), aristocrates eux aussi, instruisent la jeunesse et exportent leur réforme personnelle en Allemagne, en Bohème, en France. - Les Capucins (1525), de couche populaire, sont les rejetons d’une branche des Franciscains observants ; ils savent s’identifier aux pauvres en prêchant dans leur langage et en s’occupant des malades et des miséreux. - Les Ursulines (1535) se dévouent à l’éducation des filles sans faire de distinction. - La Société de Jésus, c.-à-d. les Jésuites, est fondée par Ignace de Loyola avec six amis en 1534 à Paris, mais reconnue par Paul III en 1540 seulement. Elle s’occupe des pauvres et des prostituées, établit des maisons pour des ouvriers et des pauvres. Sa réputation est acquise par une éducation stricte et de qualité auprès des jeunes, par sa capacité à faire revenir les couches populaires à l’ECR, et par sa promotion d’une ardeur religieuse personnelle en employant la confession et les « exercices » spirituels.

Le temps des grandes manœuvres

Peu à peu, l’esprit du renouveau pénètre au sein la Curie romaine, y compris sous Clément VII ; mais c’est à Paul III (1534-1549) qu’il revient de lancer une réforme : il convoque enfin un concile digne de ce nom, sous la pression de Charles Quint ; l’empereur veut briser le mouvement protestant, qui perturbe l’unité religieuse et politique de l’Empire. La stabilité de ce dernier dépend d’une ECR unie et puissante. Le pape veut déterminer clairement de quelle réforme a besoin l’ECR avant de se lancer dans cette vaste entreprise. Il crée une commission de neuf cardinaux droits et compétents pour enquêter sur la situation. Les constats effraient Paul III au point qu’il ne les publiera jamais ! Les voici : la papauté est sécularisée, elle croit que son pouvoir est si absolu (déjà une ombre de 18702 !) qu’elle peut vendre des offices pour son seul profit ; la défection des fidèles vient principalement de la vénalité des personnes haut placées ; l’absentéisme des cardinaux de leurs diocèses, les anciens ordres monastiques trop laxistes, la vente scandaleuse des indulgences, le soutien actif à la prostitution à Rome, l’influence païenne dans les écoles, etc.
Pour comble, les protestants ont pu se procurer une copie du document, et l’ont utilisé contre l’ECR ! Paul III a toutefois consenti à purger quelque peu la Curie, et même la ville. Les pays catholiques ont bien apprécié ce début de nettoyage. Après maints obstacles et péripéties, le pape a pu réunir le Concile de Trente en 15453. Paul III fixe au Concile trois objectifs : triompher de la division religieuse des protestants ; réformer l’ECR ; libérer les chrétiens du joug turc. Paul III s’octroie le contrôle de l’Inquisition en fixant à Rome le centre de décision.
à partir de Paul III, tous les papes se concentrent sur l’application des décisions de Trente : - Pie IV (1559-1565) propose l’idée de l’Index, cette liste de livres que tout bon chrétien ne doit pas avoir entre les mains. - Pie IV, encore, crée le fameux Catéchisme romain et révise le Bréviaire. Celui-ci est un livre de prières et de lectures à l’usage quotidien du clergé, puis des laïcs à partir de 1971. Il prépare aussi le Missel romain ; c’est un livre de prières et de descriptions des actes liturgiques s’appliquant à la messe pour tous les jours de l’année. Paul VI, cependant, en fera une refonte en 1970, même si le Missel des dimanches est aujourd’hui le plus populaire. - Pie V (1566-1572) laisse de côté la politique, réforme le clergé, envoie des troupes en France contre les huguenots, aide les catholiques anglais qui essayent de chasser la reine Elisabeth I, félicite le duc espagnol d’Alba pour ses massacres des calvinistes aux Pays-Bas, chasse l’immoralité et la corruption, et supprime l’hérésie protestante à Rome par des autodafés4. - Grégoire XIII (1572-1585) réforme l’ancien calendrier de la Rome antique. C’est ainsi que nous utilisons « le calendrier grégorien » plutôt que celui de Jules César (utilisé encore par les grecs et russes orthodoxes). Le nouveau calendrier n’a qu’un jour de plus toutes les 3,323 années. Ce pape soutient sans mesure les Jésuites, il crée des universités romaine, allemande, grecque, et anglaise à Rome et aussi des instituts pontificaux pour former des prêtres dans divers pays. Il se réjouit en célébrant un Te Deum aux nouvelles du massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572 à Paris, qui a décapité le parti protestant français. Il encourage des révoltes en Irlande contre les protestants, soutient Philippe II d’Espagne et les Guises en France, contre les protestants. - Sixte V (1585-1590) réforme efficacement les états pontificaux (en Italie du centre), encourage et finance des croisades contre la Turquie, l’Angleterre, Genève, des protestants de Pologne et de Suède. Il pousse le protestant Henri IV à devenir catholique. - Clément VIII (1592-1605) accomplit des réformes liturgiques, publie une révision érudite de la Vulgate.
Tels sont, en résumé, les actes de quelques-uns des douze papes du xvi e s. qui se sont engagés avec énergie pour réformer l’ECR. Rome considère qu’elle a réussi à préserver l’essentiel de l’organisation, les doctrines et l’esprit des traditions médiévales de la papauté. Toutefois, quant au fond, rien n’est changé.
à la fin du xvi e s l’autorité du pape est fermement rétablie. Il a corrigé les pires abus publics en recrutant de puissantes forces religieuses et culturelles en divers pays pour le bienfait de l’ECR. Il contrôle mieux son administration et la vie spirituelle des peuples.

Pourquoi la Réforme protestante ne perce pas en Italie

Il est impératif pour les protestants que la Réforme triomphe en Italie. Or, ce n’est pas le cas. La désunion politique italienne donne à Charles Quint un motif pour se présenter comme seul défenseur valable de l’ECR, à laquelle il tenait de tout cœur. L’ECR avait une grande et très belle capitale, ce qui, pour les catholiques, prouvait que Dieu avait béni son « église ». En effet, qu’avaient les protestants de semblable ?! L’Oratoire, créé en 1517, dont le membre le plus important est le cardinal Carafa — qui deviendra plus tard le pape Paul IV — répand son influence au-delà du petit nombre de ses membres déterminés. Paul III fait des meilleurs de l’Oratoire ses conseillers personnels les plus proches, avec succès. Les Capucins, les Ursulines, les Jésuites, se montrent infaillibles dans l’énergie qu’ils mettent pour éduquer garçons et filles, pour sauver les âmes, pour vivre parmi les pauvres une vie exemplaire sur tous les plans. Tout cela contribue à modifier en bien l’image que les Italiens se font de leur église. On veut alors la protéger des idées et des efforts extérieurs pour détruire cette institution qui date de Christ et des apôtres (sic). Ajoutez le fait que les protestants, surtout les chefs, dans le triangle Suisse-Allemagne-France se bagarrent entre eux sur des points de doctrine mineurs, voire s’entretuent (les calvinistes tuent les anabaptistes adultes à cause de la question du baptême des enfants)… Quelle mauvaise publicité ! Les quelques protestants d’Italie ne possèdent aucun grand leader pour les diriger, et surtout ils n’ont pas de force politico-militaire pour les protéger. Résultat : l’ECR reste unie, les anti-papistes sont inconséquents.

La marche de l’Histoire

Ces deux réformes produisirent en Europe un tel creuset de forces et de mouvements opposés, d’idées contradictoires, de guerres meurtrières, de manœuvres et d’alliances politiques complexes, qu’il est impossible de tout relater dans cet article. Il est facile de nos jours de discerner les vérités et les erreurs de tel ou tel acteur de l’histoire, mais il faut bien comprendre que tout arrivait très vite, dans un monde à l’évolution exponentielle sur le plan économique, géographique (découverte du Nouveau Monde), technologique (toujours de nouvelles inventions) ; les échanges d’informations se démultiplièrent aussi grâce à l’imprimerie… Il fallait réagir très vite aux influences extérieures, avant de se faire dépasser par les événements.
Les réformateurs protestants, en tant que pionniers, entamaient leur tâche avec un énorme handicap, souvent seuls, tandis que l’ECR pouvait s’appuyer sur une organisation, une longue histoire et la motivation bien ancrée de sauver le navire. Les catholiques se croyaient sincèrement intègres, tous leurs opposants venant du diable. Ils étaient prêts à tous les sacrifices pour protéger leur « maison » de ces quelques destructeurs. Sur ce point, il est certain que nous, évangéliques, avons des leçons pratiques de détermination et d’engagement à apprendre. Nous vivons en paix actuellement, mais l’ECR — derrière une façade de gentillesse et d’œcuménisme universel — n’a pas modifié sa vision, ni ses buts à atteindre pour régner sur le monde au nom de Christ et de Marie.

Les conséquences internes de la contre-réforme

Finalement, à quoi aboutit la forte réaction réformatrice de l’ECR au protestantisme ? - Des ruines de l’ECR médiévale ont fleuri une nouvelle piété spirituelle, bien catholique, et une orthodoxie mieux définie, quoique rigide et contraire aux normes bibliques. - Certains catholiques ont mieux saisi pourquoi ils étaient catholiques par rapport aux protestants, même si l’ECR retient des croyances et des pratiques très souvent anti-bibliques, superstitieuses et médiévales. Tout est devenu cohérent, organisé, et logique pour eux, car ils comprennent pourquoi ils croient ceci ou cela. - L’expansion missionnaire extraordinaire du catholicisme outre-mer dans les deux Amériques, en Afrique, aux Indes, au Japon, au Sri-Lanka a rencontré des succès fulgurants, le but étant de compenser la perte de larges régions en Europe. L’ECR, ainsi rajeunie, voyait le moyen de retrouver fortune et d’augmenter le nombre de ses membres lui permettant d’influencer la politique et le commerce des pays nouvellement conquis. - La nouvelle ECR a pu empêcher l’Allemagne et la France de devenir protestants d’une manière écrasante comme en Angleterre, en Ecosse et en Suède. Le renouveau catholique aidait l’Espagne et l’Italie à préserver leurs spécificités religieuse et culturelle.

Conclusion

En tant que protestants évangéliques, les succès de la Contre-Réforme nous attristent, car la proclamation néotestamentaire du salut par la grâce sans les œuvres en a été largement ralentie, voire arrêtée. Le monde évangélique fait face à un « concurrent » exceptionnel qu’il ne peut se permettre de sous-estimer. L’ECR de Benoît XVI peut nous paraître un gentil géant inoffensif. Détrompons-nous, c’est le même colosse qu’autrefois. J’ai entendu le pape actuel, encore Cardinal Ratzinger à l’époque, dire à la télévision française au printemps 2003 que l’Inquisition avait été remplacée par la Congrégation du Saint Office (en 1908), puis par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (lors de Vatican II, en 1965), mais que l’esprit était resté le même ! Au xvi e s, l’ECR a changé de visage par rapport au Moyen Âge ; mais a-t-elle vraiment changé intérieurement aujourd’hui ?
1 Luther et Ignace de Loyola sont tous deux très touchés par l’Imitation de Jésus-Christ, publiée en 1418 et attribuée à Thomas a Kempis ; 3 000 livres de mystique sont imprimés au xvi e s. en Espagne. 2 En 1870 fut proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale. 3 Un article futur lui sera consacré, car l’ECR du xxi e s. n’est que le prolongement de ce concile, et Vatican II n’a rien changé de très fondamental aux décisions de Trente ! 4 Un autodafé était une cérémonie au cours de laquelle les hérétiques condamnés au supplice du feu par l’Inquisition étaient conviés à faire acte de foi pour mérit



 

Du concile de Trente à nos jours

 
Scott McCarty

L’évolution du christianisme en Occident

En 1564, le concile de Trente rejette la Réforme protestante. Les doctrines suivantes sont condamnées : la justification par la foi seule, le salut uniquement par la grâce, les Saintes Écritures comme seule source d’autorité en matière de doctrine et de pratique chrétienne. Pour Rome, les bonnes œuvres doivent accompagner la foi, elles sont donc méritoires : la grâce a besoin de la coopération humaine pour le salut. Seul le Pape et les évêques ont le droit d’interpréter la Bible. En 2005, Jean-Paul II a confirmé l’attachement de l’église romaine aux décisions de ce Concile. Ainsi, le catholicisme actuel maintient les sept sacrements, l’efficacité de la messe, le rôle des saints, la confession au prêtre, les indulgences, etc.

Le 16ème siècle

Au 16ème siècle, l’unité de la chrétienté occidentale est brisée. Chaque camp estime que sa conception spirituelle est la seule qui soit acceptable devant Dieu, et essaie de détruire l’autre par la force ! Finalement chacun doit se résoudre à accepter la réalité historique : la diversité religieuse s’installe au sein de chaque nation.

Le 17ème siècle

Au 17ème siècle, les souverains des deux camps entendent être les maîtres dans leurs domaines territoriaux et se servent de la religion à des fins politiques. Cela aboutit parfois à des situations paradoxales. Ainsi, la France catholique s’allie avec l’Allemagne protestante contre les Turcs mais aussi contre le très catholique empereur et roi d’Espagne ! En France, les protestants (huguenots) sont néanmoins de plus en plus malmenés. La guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage toute l’Europe. Elle oppose l’Empereur aux princes protestants allemands qui s’allient avec les suédois (protestants) et les français (catholiques). Le traité de Westphalie y met fin : les protestants retrouvent la situation de 1618 et le calvinisme est reconnu dans l’Empire, même si le pape Innocent X proteste vigoureusement. La papauté est définitivement écartée, au moins ouvertement, des décisions politiques internationales.
Entre 1620 et 1681, l’Angleterre est perturbée par les guerres entre catholiques et protestants : toutes les institutions de l’État s’en mêlent. C’est à cette époque que des puritains émigrent en Amérique pour fonder une société qui corresponde à leur idéal du royaume de Dieu (les « Pilgrim Fathers » ou Pères pèlerins). Les pays scandinaves sont, eux, solidement ancrés dans le luthéranisme. Catholiques et protestants cherchent par tous les moyens à gagner des adhérents.
Rome résiste aux avancées scientifiques : aux 16ème et 17ème siècles, des érudits comme Copernic, Bruno et Galilée sont malmenés. Ce n’est qu’en 1989 que le pape Jean-Paul II réhabilitera définitivement la recherche scientifique et les condamnés de jadis !
A partir de 1640, le jansénisme – une sorte de catholicisme augustinien et calviniste – se développe en banlieue parisienne et bouleverse le catholicisme français jusqu’à son déclin un siècle plus tard. Aux 18ème et 19ème siècles, le catholicisme hollandais est perturbé et un schisme y persiste encore de nos jours.

L’Édit de Nantes et la Révocation

L’Édit de Nantes (1598-1685) – un accord mutuel de paix initié par le roi Henri IV (protestant devenu catholique pour pouvoir régner sur la France, 1594), déclaré perpétuel et irrévocable – devient la loi du royaume. En voici les principales dispositions : le catholicisme est la religion d’État et est rétabli partout ; les protestants bénéficient cependant de la liberté de conscience et ont accès à tout emploi et à toute dignité, ils jouissent de toutes les garanties judiciaires, la liberté de culte leur est accordée à certains endroits et sous certaines conditions (mais pas à Paris et dans certaines villes, ni dans les résidences royales) ; quatre universités sont autorisées dans le pays ; les huguenots peuvent conserver leurs lieux fortifiés et leurs garnisons huit ans ; ils doivent respecter les fêtes catholiques, payer la dîme à l’État qui s’engage à verser un subside annuel aux pasteurs (clause peu respectée !). Du vivant d’Henri IV, cet Édit est respecté. Mais l’assassinat du roi en 1610, puis la politique de Richelieu, et finalement celle de Louis XIV y mettent fin. En 1685, l’irrévocable est révoqué. Applaudie à l’époque, la Révocation sera unanimement blâmée par la postérité !
Avec la Révocation, les huguenots ne peuvent plus exercer de pouvoir politique, ni même se rassembler pour le culte. Les autorités catholiques envoient des missionnaires pour ramener les brebis égarées au sein de l’église romaine, et ceci par tous les moyens, même les plus vils et les plus odieux. Les conséquences sont horribles pour les huguenots : des centaines de milliers émigrent en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Amérique, en Prusse, en Afrique du Sud, en Irlande, en Suisse, etc. Ils font prospérer l’économie et la vie spirituelle de leur terre d’accueil. Ces émigrés dressent l’opinion publique contre l’intolérance de la France. Les huguenots restés en France se trouvent, quant à eux, privés de leurs pasteurs et leur vie devient presque intolérable : leurs enfants doivent être baptisés par des curés (rétrécissement du protestantisme). Malgré toutes ces injustices, le petit îlot de résistants se trouve fortifié spirituellement ! La France, elle, est appauvrie spirituellement à l’aube du siècle des « Lumières », siècle durant lequel les philosophes s’opposent au christianisme.

La multiplication des dénominations

Le 16ème siècle est marqué par un retour à la Bible sous l’influence des Réformateurs. Toutefois, au 17ème siècle, une « orthodoxie » protestante se développe sans qu’elle s’accompagne toujours de la vie spirituelle apportée par la nouvelle naissance. Il en résulte une « scolastique » protestante où le travail intellectuel devient plus important que l’application des principes néo-testamentaires au quotidien (le 21ème siècle n’a rien apporté de nouveau de ce côté-là). La religion rationaliste produit un intellectualisme froid, des guerres de religion (1560-1648), l’émergence de la philosophie orgueilleuse et celle des sciences empiriques, tout en préparant le terrain pour les vrais réveils spirituels du 18ème siècle et des suivants, réveils qui s’opposent au rationalisme. Ce regain de ferveur religieuse débouche également sur le « dénominationalisme » et la tolérance pour des idées et des pratiques différentes entre les protestants eux-mêmes. Le foisonnement des dénominations d’origine protestante provient essentiellement du fait que désormais chacun, selon ses capacités et sa compréhension de la vérité biblique, peut se former sa propre opinion sur bien des questions délicates. Mais cette tendance au chacun pour soi reste généralement soumise à une forme de consensus. En effet, on admet généralement :
- que les différences d’opinions ne doivent pas toucher aux vérités fondamentales de la foi ; - qu’aucune église ni association d’églises ne peut comprendre la totalité de la Révélation biblique, qu’aucune structure ne peut englober la totalité du corps de Christ ; - que l’unité spirituelle existe entre tous ceux qui sont nés de nouveau ; - que la tolérance, dans de sages limites, n’accepte pas de perversions doctrinales, même celles qui sont professées au nom du Christ.
Le dénominationalisme marque fortement l’histoire du protestantisme du 17ème au 21ème siècle. L’éparpillement des familles chrétiennes n’est sûrement pas idéal, mais il vaut mieux que l’autoritarisme de certains Réformateurs et de leurs successeurs directs.

L’extension du christianisme dans le monde

Du 16ème au 18ème siècle, on assiste à la propagation du christianisme sur les cinq continents. Celle-ci est bien plus importante que celle des religions humaines en place depuis des siècles, qui essaient aujourd’hui encore de rattraper leur retard. Cette progression phénoménale est accompagnée de l’émigration des peuples et de l’expansion des cultures et du commerce européens. Les conquêtes sont souvent militaires. Malheureusement, l’avance du « christianisme » est trop souvent entravée par :
- la piètre qualité de vie de ceux qui confessent le Christ, - l’exploitation cruelle et malhonnête, parfois même l’extermination des indigènes, - l’immoralité des conquérants, - l’établissement de traditions et de rites dépourvus de spiritualité biblique.
L’expansion géographique est dominée par l’Espagne en Amérique, aux Philippines et aux Caraïbes ; par le Portugal au Brésil, sur les côtes africaines, en Inde, en Malaisie et en Chine ; par la France en Amérique du Nord et en Chine. Cette expansion coïncide avec les grandes explorations et la colonisation par les grandes puissances européennes ; mais elle est aussi liée à la Contre-Réforme catholique. De nouveaux ordres apparaissent qui apportent d’importants moyens humains et financiers (jésuites, capucins, théatins, lazaristes) ; des « réveils » touchent également des ordres plus anciens comme les franciscains, les dominicains et les augustins.
Aux 16ème et 17ème siècles, les protestants, eux, cherchent à consolider leurs gains en Europe et ne s’intéressent que trop peu à la mission à l’étranger. Heureusement, ce désintéressement initial cède la place à l’amour du Christ pour tous les nouveaux peuples découverts.
Il faudrait des livres pour résumer le travail missionnaire sur tous les continents. L’éclatement du christianisme depuis le 16ème siècle rend impossible le traitement détaillé de cette histoire dans le cadre de cette série d’articles. C’est une histoire où se mêlent privations, victoires, décès de missionnaires et avances parfois fulgurantes. Certains « indigènes » font également des œuvres dynamiques dont les résultats sont à couper le souffle. Si des transformations de tous ordres s’opèrent, il y a bien sûr aussi des tragédies et des erreurs nombreuses.
L’œuvre du Seigneur Jésus-Christ continue envers et contre tout. Il est toujours fidèle à son œuvre commencée il y a 2000 ans. Nous pouvons lui faire confiance, même si aujourd’hui, les persécutions contre les chrétiens ravagent de nombreux pays, même si les déviations doctrinales pullulent, et même si de vrais croyants s’assoupissent parfois, donnant l’impression que les paroles adressées à Laodicée s’appliquent à nous (Apoc 3.14-21). Le Seigneur aura pourtant le dernier mot de la victoire !

Conclusion

Tout au long de cette série d’articles sur l’histoire de l’Église, mon but a été de présenter la vérité historique, en ne cachant pas les erreurs de ceux qui sont considérés comme les plus grands chrétiens. La vérité ne doit pas avoir de préférence lorsqu’elle relate les faits. Mais aussi désagréable que soit l’examen des imperfections et des échecs de l’Église, on aurait grand tort de se détourner de son histoire : cela revient à contester les œuvres et le gouvernement souverain du Créateur. Même si nous ne comprenons pas toujours ce qu’il est en train de faire, faisons-lui confiance ! Et soyons reconnaissants de toutes les choses excellentes que nous devons à l’obéissance, aux sacrifices et à l’amour de la Vérité de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la foi.